Le cercle Pouchkine a vocation à contribuer au rapprochement entre la France et la Russie notamment en favorisant un dialogue efficace au sein de la société civile entre les jeunes pousses issues des milieux politiques, économiques, associatifs et culturels.

• 

Пушкинский клуб призван содействовать сближению между Францией и Россией путём организации эффективного диалога внутри гражданского общества: среди молодых предпринимателей, принадлежащих различным политическим, экономическим,  культурным кругам обеих стран.

© 2018 - Le Cercle Pouchkine

Abonnez-vous

Pour ne rien manquer de notre actualité et être informé des futurs événements

Retour sur la conférence avec Christian Harbulot et Philippe Migault :

vision stratégique et militaire France-Russie

11 février 2016

Christian Harbulot est président du cabinet de conseil Spin Partners et directeur de l’Ecole de Guerre économique ; auteur de Comment la France détruit sa puissance.

Philippe Migault est chercheur, membre du CEMI-EHESS ; sa thèse a été parrainée par Jacques Sapir.

 

Philippe Migault – Topo sur la stratégie actuelle de défense russe

 

Les stratégies de défense russe et française possèdent de nombreux points communs.

La stratégie de défense russe puise ses fondements dans l’analyse de la menace ; il faut donc s’interroger sur la façon dont la Russie perçoit la menace.
La doctrine de défense russe officielle est écrite et consultable sur Internet ; elle présente les inquiétudes russes concernant l’OTAN, l’Occident et les frontières russes. La population russe est globalement en accord avec ces inquiétudes, mais les militaires, diplomates, savent pertinemment que ce ne sont pas les premières menaces.

Quelles sont alors les véritables menaces qui pèsent sur la Russie ? Finalement, ce sont les mêmes que pour la France : l’islamisme radical, le terrorisme, la déstabilisation de la Syrie et de l’Irak qui risque de s’étendre ; puis la guérilla et le terrorisme latents en Tchétchénie qui risquent de repartir.

La Russie identifie donc deux foyers de danger : l’un au Moyen Orient – Caucase ; le second en Afghanistan-Asie Centrale. En effet, en Afghanistan, on ne se demande pas si, mais quand les talibans reprendront le pouvoir, sachant qu’ils sont déjà aux frontières.

La Russie a à la fois des intérêts – énergétiques, commerciaux – et des ressortissants en Asie Centrale, aussi elle est soucieuse de la stabilité de la cis-caucasie et de l’Asie Centrale.

 

Une autre menace est le conflit avec des puissances majeures, la Chine et l’OTAN.
D’une part, Chine et Russie parlent de partenariat stratégique, ce qui ne veut rien dire puisqu’il ne s’agit pas d’une alliance militaire. Il existe des méfiances communes, constituant une menace de conflit de haute intensité à long terme – car aujourd’hui la Chine ne dispose pas des moyens militaires nécessaires contre la Russie.
D’autre part, on aime bien se faire peur en parlant de retour à la Guerre Froide avec l’OTAN. Il existe en effet un climat malsain, mais l’opinion publique exerce une influence primordiale sur les décisions militaires de l’OTAN, et elle n’acceptera pas un conflit avec la Russie.

 

Compte-tenu de ces éléments, comment définir la doctrine de défense russe ?

La doctrine de défense russe est défensive, sur tous les points, y compris le nucléaire. La Russie se réserve le droit d’ouvrir le feu nucléaire en premier en cas de menace grave, ce qu’elle partage avec la France qui s’autorise à tirer en premier « en cas de menace grave sur le territoire ». Ainsi, même la posture nucléaire est strictement défensive.

La Russie assure ses positions, avec succès, on le voit autour d’Alep ; mais il n’y a pas de prétention russe à être une puissance, après tout les fondements de l’intervention française sont les mêmes, seulement la Russie a un budget supérieur et de plus grandes réussites.

La Russie souhaite cependant affirmer son influence dans son étranger proche, soit l’espace post-soviétique c’est-à-dire l’ex Empire russe puis le bloc de l’Est : pour se protéger, la Russie veut s’assurer d’une alliance avec ses territoires proches. Il ne s’agit pas d’impérialisme : par exemple, les Etats-Unis non plus n’accepteraient pas l’arrivée au pouvoir au Mexique d’un gouvernement qui leur serait hostile. De même, la France défend ses intérêts en Afrique.

 

 

La doctrine de défense russe est défensive,
sur tous les points, y compris le nucléaire.
La Russie se réserve le droit d’ouvrir le feu nucléaire en premier
en cas de menace grave,
ce qu’elle partage avec la France qui s’autorise à tirer en premier
« en cas de menace grave sur le territoire ».

 

 

 

Comment analyser la politique de défense russe ?

Les documents officiels ne sont pas très parlants, aussi on étudie plutôt les investissements faits dans les différents secteurs du complexe militaro-industriel. On observe les armées et les programmes d’armement pour voir à quels types de combats ils sont adaptés.

Tout d’abord, la Russie maintient la dissuasion nucléaire à un juste niveau de crédibilité. Il existe 12 programmes différents, l’un concernant le naval, le deuxième l’aérien, le troisième l’armée de terre, suivant ainsi la triade stratégique classique.
Mais la Russie ne considère pas le nucléaire comme utilisable, c’est une arme de non-utilisation. Le nucléaire est cependant une preuve que la Russie craint que son armée normale ne soit pas suffisante en cas de conflit majeur, donc la preuve d’une inquiétude.
Les programmes d’armement nucléaire sont ainsi à visée défensive ; par exemple les 5300 et 5400 vendus en Syrie sont des armes de défense en cas d’attaque aérienne.

Ensuite, la Russie veut être capable de frappes aériennes : en Syrie, il y a plus de sorties par la Russie que par la France et les Etats-Unis.
La Russie veut conserver entre 800 et 1000 avions de combat, ce qui est colossal par rapport à la France mais minime par rapport à l’armement de l’ex-URSS, encore une preuve que la Russie n’a aucune volonté de marcher sur les Pays Baltes ; de plus le ratio d’armement entre l’OTAN et la Russie est de 4 contre 1 en faveur de l’OTAN, on peut donc être certain que la Russie ne risque pas attaquer l’OTAN.
Les Etats-Unis, en comparaison, possèdent une aviation de combat capable de frapper loin et fort, 500 ravitailleurs aériens contre seulement 20 pour la Russie.
Ainsi, les Russes veulent progresser qualitativement mais pas quantitativement, ils souhaitent une modernisation de leur armement mais pas restaurer la puissance communiste.

Enfin, un effort particulier est réalisé concernant les forces spéciales, c’est-à-dire la capacité de réaction de l’armée. Si l’armée de terre est délaissée – l’acquisition de matériel est minime en comparaison avec l’ex-URSS – la Russie est sur la défensive : elle se sent menacée, n’a pas les moyens d’un armement aussi sophistiqué que celui de la Guerre Froide, la stratégie du rouleau compresseur est désormais caduque vis-à-vis de l’OTAN, il y a moins d’hommes, moins de matériel, mais la Russie est capable de frapper plus loin, plus vite, plus précisément. Pour elle, l’outil de défense doit être celui d’une réponse rapide et efficace à une menace de basse intensité, couplé en parallèle à la dissuasion nucléaire en cas de grand conflit.

 

La Russie ne représente donc pas une menace impérialiste, elle n’a pas de visée offensive.

 

 

Christian Harbulot – Vision stratégique de la France concernant la Russie

 

En France, une approche pédagogique est nécessaire pour montrer à la population une autre vision de la Russie.

La France a désormais une puissance limitée, mais possède encore un savoir-faire incontesté et des projections. Sa vision de la Russie est divisée en deux grandes écoles, chacune représentant une certaine part de la population. En réalité, il existe différentes perceptions de la posture de la Russie, selon les descriptions qui en sont faites. A l’automne dernier, un général français, en public, annonçait : « Un nouvel ennemi se lève à l’Est ». Mais celui-ci n’est pas forcément représentatif de toute l’armée, ni même de la population.

Il existe en France un problème de cohésion sociologique. A côté de cela Daesh est un épiphénomène, car ce problème représente un risque de déstructuration du peuple dans son unité. Les deux principaux facteurs qui alimentent ce risque sont l’évolution de la courbe démographique et la menace d’une religion conquérante.

Lorsque l’on pense la principale menace pesant sur la France comme étant sociologique, les pays au cœur de nos logiques d’alliance subissent un changement radical : devons-nous alors voir la Russie comme un ennemi hérité de la Guerre Froide ?

La presse française dans sa quasi-totalité s’acharne systématiquement sur les Russes et sur Vladimir Poutine – ce que l’on a pu voir lors des élections de Poutine. Il s’agit donc ici d’une guerre de l’information qui s’opère en France.
Faire de la stratégie, ce n’est pas s’auto-intoxiquer, il faut une conception réelle des contradictions : nous devons réexaminer les jeux d’alliances sous le regard de la menace sociologique.

 

Faire de la stratégie,

ce n’est pas s’auto-intoxiquer,

il faut une conception réelle des contradictions :

nous devons réexaminer les jeux d’alliances

sous le regard de la menace sociologique.

 

 

Nous procéderons donc à une analyse des deux perceptions de la Russie existant en France, ainsi qu’à une tentative de nuance : tous les Russes ne sont pas forcément des espions qui veulent nous voler notre technologie.

Cette dernière vision est une vision pénalisante : lorsque l’on examine le domaine militaire russe, il est intéressant de voir que l’Armée Rouge est née du syncrétisme entre les officiers tsaristes et la société civile ; et que l’on observe la même chose en France où l’armée royaliste et les révolutionnaires ont fusionné pour devenir la grande armée napoléonienne capable des plus grandes conquêtes. Au contraire, dans la perception de l’Armée Rouge en France, on pense souvent à un grand nombre de massacres pour un résultat contestable, mais il existe un art opératoire russe : premièrement, on apprend de ses échecs ; ensuite on prend une partie de la stratégie adverse, pour enfin la réinvestir. Ainsi Staline, relativement intuitif, a su utiliser les bons outils militaires pour ses campagnes. L’URSS et la Russie ne sont pas monolithiques, elles n’ont pas un ciment idéologique immobiliste. Mais le ressenti français hérité de la Guerre Froide est surtout celui de la manière dont les soviétiques ont mené leurs jeux d’influences politico-militaires sur des secteurs qui ont coûté très cher aux Occidentaux – le Vietnam, l’Angola… Nous nous sommes arrêtés à l’image du rouleau compresseur soviétique.

On redécouvre pourtant aujourd’hui l’efficacité russe en Syrie, notamment avec les difficultés que les Russes dépassent comme le combat en zone urbaine, ce qui démontre la force de la logistique que l’on n’a pas cherché à désorganiser.

 

Que retenir de la perception de la puissance russe, comment dépasser l’anti-communisme primaire ?

Prenons l’exemple du Komintern : il a eu une portée internationale, réuni des gens d’horizons très différents, essuyé de colossaux échecs mais aussi remporté de grands succès. Il est annonciateur de ce que nous vivons aujourd’hui dans la force de l’information, dans la mesure où il est un exemple de la créativité russe très mal étudiée : les militants du Komintern étaient multivecteurs, très inventifs, créatifs et capables de balayer les règles classiques du combat politique ; ils étaient une machine de guerre de l’information. Mais cette machine de guerre russe a été brisée notamment par les décisions staliniennes qui brisaient le système dans son unité politique. C’est une grande contradiction russe.
Un exemple de cette contradiction est la décision symbolique de Staline de livrer aux services de sécurité du Reich des combattants soviétiques : cela tue la solidarité qui peut exister dans l’armée. On peut également prendre l’exemple du massacre de Katyn : on ne peut pas approuver les crimes contre l’humanité en étant communiste car cela revient à nier à la fois la solidarité entre les peuples et la solidarité révolutionnaire ; ce massacre a donc provoqué une évolution de l’opinion publique mondiale qui a fait dissocier de manière durable l’URSS et les nouveaux jeunes d’extrême-gauche. Puis, les autres opérations de maintien du bloc – en Hongrie, à Prague en Tchécoslovaquie – ont été vues comme des opération impérialistes par l’URSS qui se réclamait justement de l’anti-impérialisme. Cette torsion idéologique a conduit au questionnement suivant : « Peut-on faire confiance à la Russie ? ». C’est un bilan que la Russie actuelle doit regarder de façon lucide, une épine dans le pied qui conduit les peuples à douter d’elle.

Ce qui a renversé la situation est l’arrivée de Poutine au pouvoir : après Eltsine et les tentatives de démembrement américaines, on a vu un homme courageux qui voulait assumer une stratégie d’indépendance. Il a ainsi conquis le respect des Français, sans même qu’ils n’aient connaissances des enjeux internes à la Russie, et cela a été la redécouverte d’une légitimité : Poutine, malgré les médias, a réussi à refaire passer le message d’une intégrité et d’un devenir du peuple russe.

La Syrie rejoint cette guerre idéologique : une partie du peuple français ne veut pas perdre sa tradition culturelle, au contraire de ceux qui portent la vision médiatique anti-russe. Il faut voir les réalités en face et c’est justement ça que nous a appris Poutine. En réalité, les défaillances de la Russie actuelle ne portent pas sur sa posture défensive – qui prouve au contraire son excellence – ni sur le fait qu’elle joue sur les contradictions occidentales, mais sur l’incapacité russe d’utiliser le soft power. En réalité, les Russes sont rarement capables d’alliances entre les peuples qui leur permettraient d’accroitre leur influence : les Russes ne parlent pas comme nous, et cela a son influence dans la guerre de l’information qui est en cours. Comment faire en sorte d’avoir des alliances solides non pas avec des gouvernements mais avec des peuples ? La Russie ne sait pas le faire, ce n’est pas dans sa culture.

Pour sortir de la caricature antirusse, les Russes doivent pourtant faire cet effort de dialogue, car la guerre de l’information dans un monde immatériel est devenue un enjeu majeur.

 

Questions :

 

à M. Harbulot – Vous disiez que Angola n’est pas un exemple de l’inadaptation russe, mais n’était-il pas justement un échec, notamment un échec de la vision stratégique russe ?

Par le biais de la géopolitique, c’est Cuba qui occupait la première place certes, mais Cuba était proche des Russes dans le jeu angolais et je n’ai pas le sentiment d’une colossale défaite russe ; il faut voir les évolutions actuelles de l’Angola.

 

à M. Migault – Vous avez évacué le mythe du partenariat stratégique Russie-Chine, pourquoi ne pas parler du partenariat Indo-Russe ?

Ce partenariat est toujours actif : les Russes ont beaucoup de succès commerciaux auprès des Indiens (notamment à propos des hélicoptères) – c’est à se demander si les Rafale français ne vont pas se transformer en avions de combat russes – mais la Russie rencontre le même problème que nous : l’Inde a une mauvaise administration et ils ont du mal à intégrer un avion de combat. Les Indiens veulent mettre de l’argent et produire sur place, mais ils sont incapables de monter en gamme et n’ont pas le savoir-faire nécessaire.

 

Qu’est-ce qui permet d’affirmer que la Russie est supérieure à la coalition occidentale en Syrie ?

 

            Réponse de M. Migault :

Nous parlions justement de la presse standard : on disait il y a six mois que la stratégie russe ne fonctionnait pas du tout, pourtant aujourd’hui Alep est encerclée et l’Arabie Saoudite intervient au sol de façon pressante.

Mais le but des Russes n’est pas de laver tout l’islamisme radical, seulement de renforcer leurs alliés et donc de maintenir leur influence dans la région.

            Réponse de M. Harbulot :

Il faut être aveugle pour ne pas voir les résultats sur le terrain. Les Russes ont frappé la logistique, ce qui était malin ; nous n’avons pas fait la même chose.

 

La peur du russe héritée de la Guerre Froide paraît ancienne ; de nombreux dirigeants semblent plus réalistes et dans les médias on trouve de plus en plus d’information sur la politique et les intérêts de l’OTAN, leur besoin de se trouver un ennemi, et sur l’influence américaine en Ukraine. Compte-tenu de tout cela, quel pourcentage de dirigeants et de citoyens ont selon vous une vision éclairée de la Russie ?

Réponse de M. Harbulot :

Il faut être réaliste : la position de Nicolas Sarkozy a changé, s’est affermie, mais peu d’autres sont dans la même posture. Les potentiels candidats soutenus par les américains ne sont pas dans une position pro-russe et beaucoup dans la haute administration suivent la position de Washington.

Pour ce qui est de la population, le problème réside dans le fait que pour la Russie, il y a une différence majeure entre les alliances militaires et les amitiés entre les populations, mais dans les sondages faits parmi la population française il y a un certain amour de la Russie poutinienne. Notre problème est un problème culturel, nous n’arrivons pas à échanger, nous sommes incompétents pour nous parler mutuellement. Par exemple, ce qui frappe lorsque l’on entend les russes est leur liberté de parole et leur franchise, à la différence d’un français qui sera plus dans la nuance, la volonté de ne pas vexer son interlocuteur. Cela est incompréhensible pour un russe, alors le français le trouvera rustre. Tout cela rejoint le problème de la guerre médiatique (voir question suivante).

 

Quid des nouveaux médias pro-russes ? De leur fiabilité ?

Réponse de M. Harbulot :

Sur leur fiabilité, on peut vraiment dire que l’on trouve de tout : une information extrêmement sérieuse, mais aussi n’importe quoi, finalement comme dans la presse normale.

Plus globalement, le véritable souci dans la presse pro-russe réside dans leur façon de s’adresser aux occidentaux. Par exemple, aux Etats-Unis, les médias pro-russes cartonnent : ils ont ce même ton « cash » qui au contraire en France sera perçu comme agressif.

 

à M. Migault – Vous dites que la Russie a une stratégie seulement défensive, mais n’admettez-vous pas de conception d’une guerre hybride ou d’une montée du conservatisme en Europe ?

Mais la Russie veut effectivement conserver son influence sur son étranger proche, simplement, elle ne va pas marcher demain sur Belgrade. La guerre hybride est un terme creux, ce qu’il désigne a de toute façon toujours existé

Pour ce qui est de la guerre économique, on parle beaucoup des conflictualités russes avec d’autres pays, mais est-ce vrai en Ukraine ? L’Ukraine subit actuellement une chute de son PIB, une inflation de 40%, elle est ruinée ; pourtant la Russie propose de les aider : on ne peut pas vraiment parler de guerre économique.

Enfin concernant la montée du conservatisme en Europe, j’aimerais dire que la Pologne n’a pas eu besoin de financements russes pour se rappeler de ses fondamentaux culturels et vouloir son indépendance. L’identité compte aussi, et si la Russie met en valeur son traditionalisme, il est normal qu’une partie de l’Europe le voit et en soit attirée.

Conférence d'Anna Gishkina • Конференция с Анна Гишкина

Retour sur la soirée • Обзор мероприятия

photos • фотографии

Conférence de Jean-François Geneste • Конференция с Жан-Франсуа Женест
Retour sur la soirée • Обзор мероприятия
photos • фотографии

Conférence d'Igor Mirovic • Конференция с Игорь Миркович
Retour sur la soirée • Обзор мероприятия
photos et compte-rendu
 • 

фотографии и отчет