Le cercle Pouchkine a vocation à contribuer au rapprochement entre la France et la Russie notamment en favorisant un dialogue efficace au sein de la société civile entre les jeunes pousses issues des milieux politiques, économiques, associatifs et culturels.

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Пушкинский клуб призван содействовать сближению между Францией и Россией путём организации эффективного диалога внутри гражданского общества: среди молодых предпринимателей, принадлежащих различным политическим, экономическим,  культурным кругам обеих стран.

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Retour sur la conférence avec Emmanuel Quidet : La Chambre de Commerce

Franco-Russe, accélérateur de dynamisme pour la relation Franco-Russe ?

03 mai 2016

Tout d’abord, revenons sur la création et le rôle de la Chambre de Commerce.

Tout d’abord merci beaucoup au Cercle Pouchkine de m’avoir reçu et merci Pauline d’avoir organisé cette réunion, d’autant plus que toutes les forces qui peuvent rapprocher la France et la Russie sont importantes et c’est pour cela qu’à la Chambre, nous soutenons votre initiative.

Au départ, nous avons créé la Chambre de commerce avec plusieurs hommes d’affaires pour fédérer les français qui travaillaient avec la Russie, ce qui n’était pas du tout le cas à l’époque. Le but était surtout alors de permettre aux gens de se rencontrer. A l’époque j’étais trésorier (à Alexandre Moustafa) donc vous allez devenir président un jour, Pierre attention ! Et donc à cette époque, nous avons transformé le club France en Chambre du Commerce et de l’Industrie Française et par la suite franco-russe et nous avons maintenant 1/3 de nos adhérents qui sont russes ce qui permet aux entrepreneurs et industriels français de rencontrer leurs homologues russes. On a ensuite voulu élargir la Chambre. Elle est très active. Il y a 8 ans, nous avions très peu d’employés, on en avait 3, aujourd’hui on en a 100 et nous organisons tout type d’événements, on a en moyenne 1 événement par jour et 320 par an, ce qui permet aux gens de se rencontrer. Voilà le rôle de la Chambre de Commerce.

Mais quand on l’a créée, on l’a aussi pensée comme pouvant avoir une action de lobyying. Et pour avoir une action de lobying, il faut être crédible. Pour cela, on a choisi un directeur général parfaitement bilingue, maîtrisant les deux cultures, comprenant les enjeux, qui savait parler avec des politiques. Il est russe, mais il vit en France. Il est normalien, écrivain, historien. Et sa mission a été de développer des relations avec les autorités, et c’est ce qui s’est passé. On a pu développer des relations étroites tant avec les autorités russes que les autorités françaises. Et pour pouvoir se donner une réelle crédibilité auprès des acteurs importants, qu’il s’agisse des hommes politiques comme des hommes d’affaires. Nous travaillons beaucoup avec le Medef russe, le RSPP, avec lequel nous avons développé des partenariats. On s’est surtout inspiré de ce que faisaient nos amis allemands et anglais qui se développaient en même temps que nous et on a ainsi créé le Conseil Economique de l’Industrie Française qui regroupe des patrons du CAC 40 avec des oligarques russes. C’est en 2010 que nous avons signé à Saint-Pétersbourg en la présence de Christine Lagarde la création du Conseil Economique. On s’est rendus compte qu’il était bien difficile de réunir tous ces patrons, alors on a décidé de traiter avec eux séparément. Et pour que l’ensemble vive, nous avons compris que nous devions apporter quelque chose. Et ce quelque chose, c’est un think tank : l'Observatoire franco-russe, dirigé par un chercheur, qui a longtemps travaillé avec Pascal Boniface, spécialiste de la Russie et qui après avoir travaillé avec Pascal Boniface nous a rejoint. Cela nous a donné une très importante émulation intellectuelle qui a notamment pris forme en un livre très complet sur la Russie, réunissant beaucoup de documents et le travail de très nombreux chercheurs. Le Think Tank est par ailleurs complètement indépendant de la Chambre, il fournit en analyses la Chambre et plus encore le Conseil Economique, sur la situation géopolitique notamment.

Ce Conseil Economique, nous avons réussi à le faire vivre avec Christophe de Margerie et notre partenaire en Russie, Guennadi Timtchenko, propriétaire de Novatek, grosse entreprise pétrolière dans laquelle Total est très important.

On a ainsi gagné en influence et réussi à se rapprocher des autorités, bien avant que Poutine soit président d’ailleurs. Avec le Conseil Economique, avec le Think Tank, on a réussi à créer un outil qui a donné une véritable crédibilité à la communauté d’affaires française en Russie, un véritable poids aux entreprises françaises en Russie. Aujourd’hui, la France est le 2e investisseur en Russie, 33 des entreprises du CAC 40 sur les 40 sont présentes sur le marché et ce sont 1200 PME françaises qui accompagnent ce mouvement. Et notre rôle, c’est d’affirmer notre poids pour dire « la France est là ». Cela se fait en permanence, malgré les tensions, malgré la crise, parce que la France reste alors que même des allemands sont partis.

L'Observatoire Franco-Russe est complètement indépendant

de la Chambre de Commerce et d'Industrie,

il fournit en analyses la Chambre

et plus encore le Conseil Economique,

sur la situation géopolitique notamment.

Quelle différence aujourd’hui avec les européens et américains ?

Le première investisseur en Russie et de loin, c’est l’Europe. En stock d’investissement, l’Allemagne est première. Quant à la France, elle était 9e en 2008 et nous sommes 3e aujourd’hui. Les américains sont à la 5e place. L’Europe, c’est 50 % des investissements.

Quelle a été votre action avec la Chambre de Commerce depuis le début de la crise économique puis la crise des sanctions ?

Il faut savoir tout d’abord qu’en Russie, les effets de la crise n’ont pas été les mêmes qu’en Europe. Jusque mi 2013, la Russie jouissait d’une très forte croissance. EN septembre 2013, on a commencé à sentir un ralentissement économique et là-dessus est arrivée la crise ukrainienne. En mars et juillet 2014 sont venues les sanctions et c’est là qu’on a commencé à sentir des tensions économiques. Mais les sanctions ont aussi desservi la France, notamment au niveau des exportations. C’est dans l’agriculture que la France a le plus souffert. On peut dire que les sanctions se sont complètement retournées contre nous. Certes les sanctions ont plus ou moins atteint leur but, mais elles ont fait autant de mal à la Russie qu’à l’Europe. Une étude autrichienne montre ainsi que les sanctions ont créé entre 900 000 et 1,2 millions de chômeurs supplémentaires en Europe. L’Europe n’était pas dans un état formidable, elle aurait largement pu se passer de ces chômeurs. Une autre étude a parlé de 3 000 chômeurs de plus en Allemagne et les plus mauvaises prédictions parlent de 2 millions de chômeurs à terme pour toute l’Europe. Dans le même temps, les Etats-Unis continuent à traiter avec la Russie, qu’ils considèrent comme un partenaire économique important, puisqu’ils n’ont pas prononcé de sanctions à l’encontre des russes. En définitive, c’est du win-win pour les américains et du loose-loose pour nous.

Dans ce cadre, nous avons milité pour expliquer que les sanctions n’avaient aucun sens. On a fait énormément d’actions auprès du gouvernement français et aurpès des pouvoris européens. Et j’aimerai d’ailleurs bien souligner une chose, c’est que dans cette affaire, le problème c’était plutôt l’Europe. Quand vous parlez aux ministres indépendament, vous vous rendez compte qu’ils sont contre. Macron est contre, Stéphane Le Foll a dit à la radio en France qu’il fallait arrêter les sanctions, Ségolène Royal a dit la même chose quand elle est venue en décembre… A peu près tous les ministres s’accordent pour dire que les sanctions sont ridicules et doivent cesser. Mais après, vous avez la politique internationale, la diplomatie, l’Europe et les Etats-Unis. On continue à maintenir nos pressions.

On peut par exemple parler de la résolution de Thierry Mariani, que nous avons soutenu en contactant tous les députés, de droite comme de gauche. C’était une excellente initiative de Theiirry Mariani et il faut immédiatement en étudier les résultats. Il faut regarder les abstentions. Le groupe socialiste a fait pression sur ses députés pour qu’ils viennent et votent contre cette résolution. S’ils obéissaient, la résolution n’avait aucune chance d’être votée. Mais qu’ont fait les socialistes ? Ils ne sont pas venus. Ils n’ont pas voté contre et ont laissé la majorité l’emporter, qui n’est d’ailleurs pas une majorité de droite car ce n’ets pas un débat droite – gauche mais plutôt une opposition entre ceux qui connaissent la Russie et ceux qui ne la connaissent pas. Il y avait donc beaucoup d’absents.

Une étude autrichienne montre que les sanctions

ont créé entre 900 000 et 1,2 millions

de chômeurs supplémentaires en Europe.

Une autre étude a parlé de

3 000 chômeurs de plus en Allemagne

et les plus mauvaises prédictions

parlent de 2 millions de chômeurs

à terme pour toute l’Europe.

Revenons sur votre titre informel d’ambassadeur de France en Russie : quelles sont vos relations avec l’actuel ambassadeur de France en Russie et, en 22 ans, combien avez-vous connu d’ambassadeurs en Russie ?

C’est Fabius qui avait dit ça en petit comité à l’ambassade de France à Moscou, devant l’ambassadeur de France, il s’agissait alors plus de le tacler lui que de me complimenter moi. Mais il se trouve que l’anedocdote est restée.

J’ai connu 7 ambassadeurs et l’actuel est arrivé en 2013. C’est un ancien de la promotion Voltaire, très proche de François Hollande. C’est un homme très intelligent, très dur aussi. Il a une position très dure vis-à-vis des russes et joue beaucoup de la méthode « la baguette et le baton ». Nous avons toujours eu de plutôt bonnes relations.

Questions du public

Avez-vous l’intention ou la vocation d’aider les entreprises russes à s’installer en France ?

Bien entendu, notre action se fait plus de la France à la Russie, mais le Conseil Economique permet également aux entreprises russes de faciliter leur développement en France. Pour l’avenir, c’est quelque chose que nous voulons développer.

Sur le vote de la résolution pour la levée des sanctions contre la Russie, ne pensez-vous pas qu’il est anecdotique et ne sera pas suivi d’actions de l’exécutif ?

C’est effectivement un vote consultatif, mais il s’agit de la représentation nationale qui s’est exprimée et c’est la première fois qu’un pays européen adopte une telle démarche. Donc forcément, cela aura des conséquences. L’Europe en tiendra forcément compte. Dans le réel et dans l’immédiat, ça n’a pas d’impact direct, mais si vous notez toutes les inflexions du gouvernement, notamment le dernier discours d’Ayrault qui a invité Poutine, faisant de la France le premier pays à l’inviter à nouveau, c’est forcément positif.

Alors que l’UE et les Etats-Unis sont alliés, pourquoi les américains n’ont pas le même comportement quant aux sanctions ?

Il y a un côté historique dans cette affaire, qui concerne le mode de fonctionnement des USA. Ils ont, ces dernières années, mis sous sanctions plusieurs pays. Mais quand ils mettent sous sanction des pays, ils les gardent très longtemps. Par exemple, les sanctions suite aux évènements de Tienamen Square en 1989 n’ont toujours pas été levées.

Ce n’est pas la même chose pour l’Europe qui pourrait par exemple infléchir sa position pendant le prochain conseil de l’Europe.

 

(complément d’un membre de l’assistance) C’est aussi à mettre en relation avec la crainte des USA de perdre leur statut de première puissance en cas d’union eurasiatique.

Sur ce sujet, je vous conseille d’écouter la dernière conférence de presse de Georges Friedman, président du think tank américain Stratfor, très proche de la CIA. En mars 2015 à Chicago, il livre toute la stratégie américaine. Cela dure 10 minutes. Il vous explique comment les USA vont garder leur domination mondiale, notamment vis-à-vis de la Russie. Il dit notamment que la Russie ne doit pas perdre l’Ukraine, ce serait autrement une tragédie pour les Russes.

(Pierre Gentillet) C’est d’ailleurs ce qu’explique très bien la théorie de Mackinder qui se résume à sa phrase très connue : « Qui contrôle l’Europe de l’Est contrôle le Heartland, qui contrôle l’Hertland contrôle l’île Monde, qui contrôle l’Île Monde contrôle le Monde ». Tout cela pour dire que l’Europe de l’Est est le lieu où l’on casse la Grande Europe.

La bonne nouvelle, c’est que depuis 2 ans,

la France est le premier investisseur en flux :

malgré la crise, la France continue à investir

et elle est aujourd’hui le premier employeur étranger en Russie.

Quel est votre jugement sur le fait que les entreprises françaises puissent retrouver une dynamique en Russie, à nouveau investir et quel est le moral en Russie ?

La bonne nouvelle, c’est que depuis 2 ans, la France est le premier investisseur en flux : malgré la crise, la France continue à investir et elle est aujourd’hui le premier employeur étranger en Russie.

Avant les sanctions, la Russie était le premier marché mondial de Danone. Après les sanctions, la Russie peut devenir le premier marché mondial pour Renault. C’est bien la preuve que la Russie est aujourd’hui un marché important pour la France. L’industrie pharmaceutique continue aussi d’investir. On attend bien sûr la sortie de la crise ukrainienne et économique. Pour la crise économique, on peut toujours la gérer, mais la crise ukrainienne, on a beaucoup de mal à la gérer car il est difficile de se projeter.

Ne faut-il pas aujourd’hui aller au-delà de la psychose médiatique et continuer à travailler avec les russes dans cette guerre d’information ?

 

C’est presque ce qu’Ayrault a fait passer comme message lors de son passage en Russie et c’est l’inflexion qu’essaie d’obtenir tous les hommes politiques aujourd’hui, de Mélenchon, en passant par Dupont-Aignan et Chevènement jusqu’à Fillon. Tous annoncent la même chose, ce qui compte, c’est l’intérêt de la France qui passe par ce partenariat avec la Russie, soit cette fameuse Europe de Brest à l’Oural. C’est dans l’intérêt de la France comme de l’Europe de conserver son partenariat avec la Russie, lui permettant de devenir une vraie puissance économique. Et pour permettre cela, nous avons encore plus besoin d’une union qui dure.

Quelles solutions pour contourner les sanctions ?

On ne peut pas les contourner. Mais quand votre entreprise est sous sanction, vous regardez ce que vous pouvez faire avec et ce que vous ne pouvez pas faire. En réalité, les sanctions sont assez limitées. Total par exemple ne peut plus faire de offshore mais le gaz liquéfié ne fait pas partie des sanctions, donc il peut continuer dans ce domaine. Il reste beaucoup de choses à faire.

L’embargo russe sur l’agriculture française se chiffre en millions perdus pour la France. Toutes les parts de marché perdues pour la France pourront-elles être regagnées ?

Une bonne nouvelle au moins, pour le fromage français, la France retrouvera sa place. Ce qui est plus inquiétant, c’est le port. En 2 ans, ils seront devenus autosuffisants. Pour les fruits et légumes, c’est délicat, car ils ont trouvé d’autres filières, ce n’est pas dit que nous pourrons reconquérir les marchés à la fin des sanctions. Mais l’agroalimentaire est en plein développement, on l’a vu lors de la dernière rencontre consacrée à ce secteur que nous avons organisée, où on a constaté qu’il restait beaucoup de partenariats à mettre en place. Et d’autres marchés peuvent se créer.

Avec la combinaison des sanctions et de l’affaiblissement du Rouble, la Russie trouve-t-elle un intérêt notamment via le développement de sa production nationale industrielle et agricole. Les russes ne trouvent-ils pas un certain intérêt de développement avec les sanctions ?

 

(Pierre Gentillet) C’est l’opinion que développait notre premier conférencier, Xavier Moreau, venu nous parler de l’économie russe, en expliquant que les sanctions étaient aussi une aubaine pour la Russie.

Dans l’agroalimentaire, c’était effectivement flagrant. Les russes aujourd’hui apprennent à vivre avec les sanctions. Ils relocalisent leur production, tout particulièrement dans l’agroalimentaire. Dans d’autres secteurs, qui nécessitent plus de transferts de technologies, ils ont plus de mal. On n’est pas tout à fait dans un monde parfait pour eux.

Quel a été l’impact de la non vente des Mistral ?

Nous craignions un fiasco pour la France. Mais finalement, le pays s’en est plutôt bien sorti. D’une part parce que les russes ont eu le plan des Mistral et d’autre part parce que les russes n’ont pas poursuivi la France en justice alors qu’ils étaient en droit de le faire, ce qui s’explique surtout par le fait que c’était un navire qui n’intéressait plus vraiment la Marine russe.

Après, on a beaucoup entendu que cela remettait en cause la crédibilité de la France à tenir ses engagements commerciaux. C’est quelque chose qui va rester, même si on s’en est bien sortis.

Conférence d'Anna Gishkina • Конференция с Анна Гишкина

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Conférence de Jean-François Geneste • Конференция с Жан-Франсуа Женест
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Conférence d'Igor Mirovic • Конференция с Игорь Миркович
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