Le cercle Pouchkine a vocation à contribuer au rapprochement entre la France et la Russie notamment en favorisant un dialogue efficace au sein de la société civile entre les jeunes pousses issues des milieux politiques, économiques, associatifs et culturels.

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Пушкинский клуб призван содействовать сближению между Францией и Россией путём организации эффективного диалога внутри гражданского общества: среди молодых предпринимателей, принадлежащих различным политическим, экономическим,  культурным кругам обеих стран.

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Retour sur la conférence avec Alexandre Latsa : Un Printemps Russe

22 septembre 2016

Pierre Gentillet – Merci pour votre présence pour cette première conférence de rentrée du Cercle Pouchkine. Je rappelle que le Cercle Pouchkine existe depuis maintenant 8 mois. Je suis heureux de retrouver parmi vous des personnes qui reviennent.

Le Cercle Pouchkine, qu’est-ce que c’est ? C’est une association qui a vocation à rapprocher sous des thématiques économiques, culturelles et politiques, la France et la Russie, et ce au niveau de la société civile. C’est à nous, à notre niveau, en créant un réseau, de promouvoir une coopération entre la France et la Russie. Une coopération et non pas une vassalité, propre à la vision française d’arbitre, qui suppose l’indépendance. Ainsi, nous organisons une conférence tous les mois, auxquelles vous êtes tous les bienvenus.

 

Ce soir, nous avons le plaisirs d’accueillir Alexandre Latsa, qui en plus d’être notre invité est notre parrain. Ce qui m’amène à vous parler de nos quatre parrains : Thierry Mariani, co-président du Dialogue Franco-Russe, député des français de l’étranger et ancien ministre des transports ; Xavier Moreau, homme d’affaires, commentateur de la vie politique russe et qui dirige le centre d’analyses politico-stratégique Stratpol que je vous recommande ; Henri de Grossouvre, directeur des collectivités publiques d’une entreprise du CAC 40 et qui dirige l’association « Axe Paris Berlin Moscou ». Et Alexandre Latsa, chef d’entreprise basé à Moscou, analyste et écrivain, auteur de plusieurs ouvrages, dont le premier en français est « Un Printemps Russe ».

 

S’agissant du livre, il est en vente ici, vous pourrez l’acheter à la fin de cette conférence.

 

Je vous réexplique le déroulement : Alexandre va vous présenter son livre, qui est en lui-même un sujet. On embraiera ensuite sur les questions en leur donnant un peu plus de temps qu’habituellement. Ensuite, j’aurai le plaisirs de vous offrir un verre, afin de continuer à échanger. Nous nous sommes en effet rendu compte que dans les conférences traditionnelles, généralement, on n’a peu de temps pour discuter. Ici, nous vous donnons l’occasion de faire plus ample connaissance.  Je laisse maintenant la parole à Alexandre, bonne soirée !

 

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Alexandre Latsa – Tout d’abord, un petit mot sur le Cercle Pouchkine. Quand Pierre Gentillet m’a proposé d’être parrain du cercle, j’ai immédiatement accepté, avec une idée : celle que la France aujourd’hui se meurt d’un déficit de pragmatisme et de lucidité, sur le plan politique et analytique. Aujourd’hui, malgré des formations très qualifiantes, on a un problème d’analystes. Toute une génération de gens a été formée par une école franco-française d’une autre époque, avec une idéologie atlantiste, néo-conservatrice. C’est le fait d’une histoire, d’un effet d’époque, de génération. Tout est explicable, néanmoins c’est excessif. Et je m’adresse particulièrement aux membres du Cercle Pouchkine, l’avenir : c’est vous. Vous êtes la société civile de demain qui doit former une nouvelle élite, qui soit saine, compétente, pragmatique, qui comprend que seul l’intérêt supérieur de la France prime. Il faut prendre chaque décision en se demandant si elle sert fondamentalement la France. J’espère que le Cercle deviendra un lieu de rencontres de qualité, un lieu où naissent les idées et les concepts qui permettront de redresser notre pays.

Vous êtes la société civile de demain

qui doit former une nouvelle élite,

qui soit saine, compétente, pragmatique,

qui comprend que seul

l’intérêt supérieur de la France prime.

Pour parler du livre, car c’est un peu le thème de la soirée, il fait 305 pages, traitant de tous les sujets : sociaux, sociétaux, politiques, géopolitiques, historiques, démographiques, les élections, les manifestations, la corruption… J’ai essayé de toucher à tout, ou presque. Parler de tout en 30 minutes sera compliqué. Mais l’idée principale, en tant que français en Russie, c’est que ce qui est important, c’est la réaffirmation du politique. Je crois que la Russie, qui était au bord de l’effondrement, aurait pu s’effondrer, mais elle ne s’est pas effondrée. Elle aurait pu se disloquer, ce n’est pas passé loin, mais elle ne s’est pas disloquée. La Russie était dans une situation extrêmement plus grave que la France ne l’est aujourd’hui. Il y avait des raisons de vouloir quitter son pays : tout allait mal. L’économie s’est effondrée, les femmes ont arrêté de faire des enfants, car en situation de cataclysme économique où pères, oncles et maris sont soit morts soit dans la Mafia, vous ne voulez plus d’enfants. Quand, à l’hôpital, on vous dit qu’il vous faut une césarienne et que c’est $ 30 le point de suture, il est évident que c’est décourageant. Les femmes russes qui ont eu des enfants à cette époque sont des héroïnes. Il y a eu un vrai effondrement moral (la drogue, le sida), un désordre mental et finalement, une crise économique, en 1998, qui a ruiné beaucoup d’épargnants. Il y a ensuite eu les attentats en 1999. La situation était vraiment cataclysmique.

Toute cette dynamique de dégradation qui aurait dû conduire au cataclysme final ne s’est pourtant pas soldée par ce qu’on imaginait. Pour une raison simple : le retour au pouvoir d’une élite Politique, parfaitement critiquable, qui a fait des choses critiquables mais qui ont été faites d’abord dans l’intérêt de la Russie et dans l’objectif d’en assurer la pérennité. Il faut absolument prendre en considération que dans la trame historique longue, malgré tout, tous les indicateurs s’améliorent : économique, démographique, sanitaire, baisse des suicides, baisse du taux de chômage, rétablissement du pouvoir de l’Etat, les salaires et les pensions payés, renouveau de l’exportation russe, transformation économique russe depuis les sanctions avec une Russie qui désormais exporte en Chine, développement de l’hydroponie. Fondamentalement, on assiste aussi à une première instauration d’une relation de confiance entre l’administré russe et le pouvoir central. C’est historiquement nouveau. En effet, la relation entre citoyen russe et Tsar était inexistante, voire compliqué, dans un cadre vertical, autoritarien.

On assiste à une première instauration

d’une relation de confiance

entre l’administré russe

et le pouvoir central.

De grands chantiers de fond mené dans les années 2000 aboutissent, ce qui n’aurait pas été possible avec l’alternance. On ne peut pas réformer un grand pays, surtout un grand pays dans l’état dans lequel était la Russie et aussi complexe, avec l’alternance. Il faut mener des politiques de fond, à fond et jusqu’au bout. Avec tous leurs défauts, les élites russes au pouvoir aujourd’hui, principalement issues des structures de force, ont réussi à relever un pays qui était au bord de l’implosion. C’est cette leçon d’espoir qu’il faut mémoriser. Cela veut dire que le politique peut prend le pouvoir sur l’économie, redonner envie aux femmes d’avoir des enfants, permettre à des familles de vivre sereinement dans leur pays et ramener la sécurité dans les rues. Tout ça est faisable, c’est une question de volonté : de Politique. Et c’est très intéressant d’observer la situation russe pour la comparer à la France, où on assiste à la disparition du politique et de notre souveraineté, qui nous détruit. En Russie, c’est la voie inverse. Cela montre qu’on n’est pas fatalement obligé d’intégrer des organisations supranationales qui nous soumettent et nous dictent ce que l’on doit faire.

 

Prenons l’exemple de la famille, à laquelle je suis très attaché. Après le désordre familial des années 1990, il y eu une reprise en main. Les autorités russes ont décidé de réinstaurer la famille russe, considérant que c’est la cellule de base pour la société. Pour eux, qu’est-ce qu’une famille : un papa, une maman et des enfants. C’est l’effort de l’Etat russe pour re-pérenniser la Russie de l’intérieur et poursuivre le grand mouvement de réveil démographique en Russie. On est en effet passé de 1 enfant par femme en 2000 et on est cette année au-dessus d’1,8 enfant par femme en Russie, soit plus que dans l’UE. Donc quand on disait que la Russie était finie : l’ONU et les Etats-Unis se sont trompés.

 

C’est bien le retour du politique qui permet de sauver un pays.  Une situation de crise peut permettre à des élites politiques d’émerger et de sauver leur pays. Il faut donc rester très optimiste.

Le livre parle d’autres sujets, comme les révolutions de couleur, les mouvements de contestation. Je propose donc qu’on passe à un format questions-réponses.

On était à 1 enfant par femme en 2000

et on est cette année au-dessus d’1,8 enfant par femme

en Russie, soit plus que dans l’UE.

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Pierre Gentillet – Merci Alexandre pour cette présentation. Je poserai la première question, sur les élections législatives. A ce propos, je vous renvoie à l’analyse de Xavier Moreau, qui a publié aujourd’hui une vidéo à ce sujet. Le premier parti arrivé est Russie Unie, parti de Medvedev, en 2e, le parti communiste, en 3e le parti libéral et en 4e, Russie Juste, associé au Parti Socialiste français. Le Parti Russie Unie est revenu à son résultat de 2007. Ce résultat a-t-il été motivé par les sanctions comme un énorme bras d’honneur à l’Occident ? Quid des petits mouvements comme celui de Navalny ? Quel est leur avenir ?

Alexandre Latsa – Concrètement, fin de l’URSS, 1993 : cataclysme. On peut imaginer la situation, le LDPR de Zhirinovsky gagne les élections avec 22,92 %, avec une campagne « on met des bombes nucléaires partout ». La rhétorique était très violente, mais on peut comprendre les russes qui deux ans après la fin de l’URSS ont été séduits par une proposition de retour d’un Etat fort. Les deux législatives suivantes sont gagnées par le parti communiste. Puis il y a décomposition de la scène politique, dont les principaux mouvements vont se fédérer et devenir Russie Unie, qui n’est pas un parti politique classique mais une structure de gouvernance. Les Doumas deviennent centrales-réformistes.

Je pense que les premières élections présidentielles russes ont été truquées : le candidat communiste aurait dû gagner, mais c’est Eltsine qui a été élu. Après, au cours des années 2000 et jusque 2007, la croissance était telle que le soutien à Russie Unie était logique et cohérent. Evidemment, les retraités se plaignaient, mais la classe moyenne a pris le dessus. En 2011, il y a eu des cafouillages sur les élections, mais ce n’est pas le fait de Poutine et du pouvoir central. C’est le fait du développement dans des endroits en Russie d’un fort clientélisme. Les élus locaux ont craint la sanction électorale qui serait mal vue par Poutine et ont voulu par-là se prémunir.

Les estimations hautes et basses du trucage allaient de 5 à 20 %. L’ONG Goloss a référencé tous les cas de fraude et avait compté alors 8000 tickets de plainte. Cette année, on est à 1000, ce dont on ne parle pas dans les médias français. Il n’y a plus de fraude et Poutine monte… Aucun journaliste français pour analyser cela.

Pour moi, cela s’explique par 20 ans de décomposition de la ceinture rouge, cette Russie rurale qui vote pour le Parti Communiste par tradition et par tranche d’âge, Russie de l’ethnocratie qui vote pour le pouvoir central, doucement remplacée par la ceinture bleue, la ceinture Russie Unie, qui nourrit le pays et assure sa logistique. Il y a aussi un effet de génération : les retraités qui votaient communiste par tradition sont morts ou remplacés par des retraités qui votent Russie Unie parce que c’est Russie Unie qui paient les retraites.

Electoralement, l’abstention est très forte : près de 50 %. Le reste de l’électorat est composé de 25 % de personnes qui votent Russie Unie parce qu’ils sont fonctionnaires, 25 % qui votent parce que c’est Poutine, ça fait déjà 50  %. Et de la même façon que la ceinture rouge est remplacée par la ceinture bleue, les grandes villes libérales qui votaient anti-communiste, maintenant votent communiste dans les quartiers d’opposition où jusqu’alors on votait Navalny, car le parti communiste est désormais un parti d’opposition.

Il y a donc un basculement sociologique qui va encore s’accentuer. Malgré l’abstention, il y a eu une montée du parti de gouvernance, des gens votent pas conviction pour Russie Unie, même si la radicalisation d’un pan de l’électorat russe sert d’avertissement à Russie Unie, pour leur rappeler qu’ils peuvent encore voter Jirinovski. Voilà les grandes dynamiques.

Quant à Navalny, il avait fait un bon score à Moscou et une très bonne campagne de terrain, sincère et efficace. Mais il se n’est pas présenté. La nébuleuse de partis autres peut être divisée en deux catégories : les libéraux historiques, qui étaient dans la rue en 2011, qui meurent par manque d’idées et de renouvellement ; et une nouvelle nébuleuse de nouveaux partis : radicaux de droite et de gauche, comme Force Citoyenne, Le Parti de la Croissance… Ce sont des petits partis qui captent doucement de l’électorat.

Mais Russie Unie, malgré 2 ans de crises, a fait des primaires ouvertes, qui ont emmené 35 % des députés à ne pas être reconduits. Il y a beaucoup de nouveaux visages, de jeunes, il y a eu un grand ménage. Cette impulsion a été bénéfique et c’est aussi en raison de la bonne campagne qui a été menée. Par exemple, des parcs de Moscou ont été refaits, extraordinaires au niveau des infrastructures, avec dans les parcs des stands Russie Unie, pour rappeler que ces parcs ont été faits par Russie Unie. C’est un peu néo-soviétique, mais ça fonctionne : pas besoin de recevoir des tracts. C’est un peu « soft-power ».

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Sur la question de l’abstention, énorme, quel regard porter ?

Tous les partis, avec l’abstention, ont baissé en voix, alors que Russie Unie a malgré tout augmenté en score. Il y a eu moins de voix, mais Russie Unie n’en a pas été frappée. Beaucoup de gens ne sont pas allés voter, d’autant plus que le pouvoir local n’a pas l’importance systémique qu’a le pouvoir central. Il y avait aussi une certitude quant à la victoire de Poutine, considérant qu’il a fait le ménage, marqué des points, …. Et, à ne pas négliger, il y a un vrai défaut d’offre, hormis les communistes, pour qui voter si ce n’est Poutine ?

 

 

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Quel appui apporte l’Eglise orthodoxe à Poutine et son succès tient-il aussi à ce soutien ?

Je vais vous raconter une anecdote. J’ai rencontré un prêtre orthodoxe franco-russe, qui m’a fait visiter une église de son diocèse dans le Nord du pays, ainsi que la maison paroissiale. J’y ai vu un équipement assez surprenant : un scanner américain à $ 1 000 000 pour scanner les livres et créer une bibliothèque orthodoxe en ligne ; un réseau intranet avec générateur pour assurer la connexion entre églises et Kremlin ; des écrans plats ; des I-Mac pour les jeunes qui viennent étudier. D’abord, il m’a dit, « ça vient de Dieu », puis « ça vient de Poutine ». Effectivement, Poutine a mis le paquet sur LES religions. Le pouvoir politique a permis au pouvoir religieux de se restaurer et les valeurs défendues par la religion s’intègrent parfaitement dans le projet politique, notamment la famille. Ce sont deux maillons qui vont ensemble.

Pierre Gentillet  – Notez aussi que pendant l’affaire Charlie en France, il y avait eu en Tchétchénie des manifestations anti-Charlie. Khadirov, président de la Tchétchénie, disait alors : « Je suis fier d’être citoyen musulman d’un grand et vieux pays orthodoxe. » On peut bien arriver à avoir des convergences religieuses sur des intérêts vitaux. La réaction du monde islamique aujourd’hui, d’ailleurs, peut être une rébellion contre un monde libéral du consumérisme absolu. C’est l’idée que le front de la foi, la réaction religieuse, orthodoxe et musulmane, peut se faire aussi contre un monde américanisé de la consommation. A creuser…

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Question sur l’investissement, un peu floue, que je voudrai illustrer avec la conversation que j’ai eue avec un américain, qui connaît très bien la Russie et parle parfaitement russe, patron d’un fonds d’investissement. Il me disait « mes interlocuteurs freinent mes investissements parce que je sens que si j’exige de la transparence comptable, ça va être plus inconvenant qu’avantageux pour eux ». Comment Poutine a conscience de cela et se positionne par rapport à cela ? Y a-t-il des féodalités aujourd’hui ?

Il y a des Russies aujourd’hui. Si vous allez à Kaluga, ça se passera bien. Si vous allez à Samara, que vous achetez un terrain et que vous demandez aux autorités un raccordement électrique, on va vous demander quelque chose, ça se fait. Chaque pays a ses maladies. Sur la question des fonds d’investissement, c’est un sujet sur laquelle il y a eu des problèmes très récemment. On a eu des scandales notamment avec l’Hermitage et autres, beaucoup d’élites russes investissent et attendent des bénéfices personnels sans voir les opportunités d’emploi et de croissance. C’est donc souvent qu’il y a des modes opératoires, comme une entreprise plus ou moins contrainte à offrir des infrastructures aux villes. Tout dépend des régions. Mais c’est assez similaire à d’autres pays : Chine, pays arabes…

Sur cette question, Poutine n’est pas spécialiste. Il n’est pas dans le milieu d’affaires, c’est un militaire. Dans une certaine mesure c’est sa faiblesse, mais il ne peut pas tout faire. Des consignes sont données, mais il est très difficile de faire appliquer les directives par tous les gouverneurs. Auparavant, le Kremlin envoyait des observateurs, il est possible que cela réapparaisse.

D’ailleurs, notez que quand le pouvoir moscovite a commencé à s’étendre, à passer l’Oural, on envoyait l’argent pour payer les fonctionnaires. L’argent n’arrivait que rarement à destination et traditionnellement, on payait en biens. C’était donc aux habitants de fournir les biens aux représentants de l’autorité. Il y a donc 6 siècles de mentalité à changer. L’Union Soviétique n’a pas changé, l’ère Eltsine était pire question corruption. On a seulement 15 ans de travail de Poutine, il est évident que tout n’est pas encore réglé.

Malgré tout et globalement, l’investissement se fait : Auchan, Leroy-Merlin… Les choses se font aussi via le réseau.

 

 

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Comment expliquer la haine dont témoignent les médias français envers la Russie ?

Le principal problème est un fait sociologique. Les écoles de journalisme françaises sont des usines à crétins : ça formate les gens, ça leur apprend à être paresseux et à ne pas travailler.

Par exemple, sur la question démographique, malgré les chiffres et les parcs pleins d’enfants, les journalistes français sont incapables de parler de la hausse démographique russe. Ils ne font pas leur travail, ne cherchent pas leurs sources. C’est juste de la fainéantise. Ils ne travaillent pas leur dossier. La veille des frappes russes en Syrie, la correspondante du Monde annonçait que la Russie lâchait Assad. Comment se tromper autant ? Comment n’a-t-elle pas l’info alors que les services russes sont prêts à lui donner ? Le journaliste français, aujourd’hui, va en Russie pour apporter la lumière, pas pour comprendre. Ils ne veulent d’ailleurs pas comprendre. Il y a un problème de professionnalisme, de travail et un trop-plein d’idéologie. Surtout, pour comprendre la Russie, il faut parler russe et peu d’entre eux ont seulement cette compétence.

 

 

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Dans le dernier chapitre de votre livre, vous évoquez l’Organisation de Coopération de Shanghai, dans laquelle vous proposez que la France devienne observateur. Pouvez-vous développer ?

Sur ce sujet, j’ai fait une vidéo sur le site Eurasiexpress. Cela rejoint l’idée qu’on a besoin de rééquilibrage géopolitique en France. Nous sommes un pays ruiné qui a besoin provisoirement d’alliés. Nous avons déjà les Etats-Unis, mais nous avons intérêt à nous rapprocher de Moscou, membre de la coopération contre l’EI et fondateur de l’OCS. Cela nous donnera un double levier de puissance qui nous permettra d’être dans toutes les organisations militaires et de nous rapprocher de la Chine, avec qui nous n’avons jamais eu de problème. Ce serait à nous de nous rapprocher, d’initier ce mouvement, qui pourra être rejoint par d’autres nations européennes.  Surtout, l’OCS est d’abord une organisation anti-terroriste, cela nous concerne.

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Le rapprochement de la France et de la Russie est souhaitable pour la France, quels acteurs politiques et économiques incarnent ce mouvement ?

Considérons le clivage droite-gauche La gauche est peu favorable à Moscou, à part Mélenchon qui reprend un peu le créneau Chevènement. A droite, on a une nébuleuse, qui va de Juppé l’atlantiste à Mariani le néo-souverainiste, favorable à la Russie. Mariani et la Droite Populaire incarnent le mouvement favorable à la Russie. Les partis souverainistes tels que Debout la France et le Front National y sont aussi très favorables.

Côté russe, c’est plus facile de parler avec Sarkozy qu’avec Hollande. Ils voient que DLF et autres ne portent pas de menace supplémentaire, mais les élites sont surtout perplexes pour ce qui est de l’UE. Ils ont plus de mal à parler avec Bruxelles qu’avec Paris ou Berlin, toute couleur politique comprise. 40 % de leurs réserves de change sont en euros, donc ils sont très inquiets sur la disparition de l’euro.

L’offre politique pro-russe est minoritaire en France et pas forcément la plus entendue.

Economiquement, la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Russe, dont le président, Emmanuel Quidet, est membre d’honneur du Cercle Pouchkine ou le Dialogue Franco-Russe, ainsi que l’Union des Français de l’Etranger sont des structures favorables à la Russie. Elles n’ont pas d’opposition pour la Russie, car elles ont besoin de faire de l’argent. La CCI est audible, mais les patrons ne souhaitent pas être audibles : ils veulent faire des affaires, pas avoir les journalistes sur le dos.

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J’étais il y a peu avec des amis russes. Les pro-Poutine n’allaient pas voter, certains que Poutine gagnerait. Les anti-Poutine n’allaient pas voter, certains que Poutine gagnerait. N’y aurait-il pas de désespoir quant à une alternance politique ?

Poutine est effectivement un vote par défaut. Les moscovites bourgeois votent moins pour Poutine que les autres. Mais effectivement, tout le monde sait que Poutine va gagner, mais ne pas aller voter, c’est accepter le résultat des élections. Il y a, cela dit, une tradition russe à toujours se plaindre, mais les choses vont tout de même bien.

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Le Printemps Russe survivra-t-il à Poutine ?

C’est le grand enjeu. Poutine laissera-t-il un système qui saura lui survivre ? Poutine a-t-il un successeur ? Je pense que oui, car je crois que le niveau de richesse – individuelle et d’Etat - atteint est suffisant pour ne plus péricliter. Il n’y a plus de dette extérieure publique, la population n’est pas endettée… Je pense qu’on a éliminé la misère, il ne reste que la pauvreté. Les fondamentaux sont sains. Le peuple est retapé moralement et démographiquement.

C’est à l’avenir de nous dire si Poutine a prévu une solution de sortie, même si plausiblement il a prévu un 4e mandat.

A tout égard, on va arriver à un moment où tout le clan sortira de la politique. Le renouvellement va donc se faire de lui-même. Toute la question, c’est que ce renouvellement soit celui d’une classe politique saine et compétente.

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Pourquoi Poutine garde Medvedev ?

Poutine équilibre les clans et les influences. Poutine et Medvedev ont une relation d’amitié qui compte. C’est d’ailleurs un problème structurel en Russie, où compétence et confiance sont rarement paires. Néanmoins, Medvedev a ce rôle de captation de la nébuleuse plus libérale, rêveuse. Il canalise un clan. Le degré de confiance est assez élevé et je pense que, si Medvedev n’est pas un bon politique, c’est un excellent juriste et surtout un excellent vecteur d’influence en Occident. La nouvelle génération électorale va possiblement se retrouver en lui. A suivre…

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