Le cercle Pouchkine a vocation à contribuer au rapprochement entre la France et la Russie notamment en favorisant un dialogue efficace au sein de la société civile entre les jeunes pousses issues des milieux politiques, économiques, associatifs et culturels.

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Пушкинский клуб призван содействовать сближению между Францией и Россией путём организации эффективного диалога внутри гражданского общества: среди молодых предпринимателей, принадлежащих различным политическим, экономическим,  культурным кругам обеих стран.

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Retour sur la conférence exceptionnelle

avec Bernard Carayon & Gérard Longuet 

08 février 2017

Pierre Gentillet - Pour ceux qui ne me connaissent pas, commençons par le début. Je suis Pierre Gentillet, président du Cercle Pouchkine. Le Cercle Pouchkine a l’honneur de donner cette conférence ce soir. C’est un Cercle relativement jeune, qui existe depuis 1 an et 1 mois. Je ne vous cache pas qu’à vous regarder si nombreux ce soir, je contemple aussi une bonne partie du chemin parcouru. Le Cercle Pouchkine s’est fondé sur une idée de rapprochement franco-russe au travers de thématiques culturelles, économiques et politiques. Ce rapprochement nous paraît une alliance de bon sens, une alliance naturelle comme le disait le Général De Gaulle et c’est en ce sens que chaque mois nous organisons des conférences dans les locaux de notre partenaire, le Dialogue Franco-Russe. Je voudrai également rappeler et citer les 4 parrains de notre association, présents dès les tout débuts : Xavier Moreau, entrepreneur à Moscou, Alexandre Latsa, également entrepreneur à Moscou, Thierry Mariani, député de la 11e circonscription des français de l’étranger et bien évidemment Henri de Grossouvre, qui œuvre activement pour le Cercle. Je ne vais pas m’éterniser. Henri va vous présenter le déroulement de la conférence. J’aimerai conclure en vous disant que je suis très content de voir tant de monde ce soir et surtout autant de jeunes personnes, et je crois que c’est important, à être intéressées et mobilisées par la cause du rapprochement franco-russe. Je vous souhaite une bonne et agréable conférence.

Henri de Grossouvre - Merci Pierre. Vous comprenez tous l’enjeu de sensibiliser, former, réunir les éléments clés des milieux culturels, économiques et politiques. Vous êtes nombreux présents ce soir. Beaucoup de français, des italiens même et surtout des franco-russes. En guise d’introduction, je lancerai quelques thèmes, avant de donner la parole à Bernard Carayon qui est Maire de Lavaur, conseiller régional, ancien député et président de la fondation Promotheus. Notre sujet est compliqué. Il me semble que la situation en France, dans l’Union Européenne, dans la Grande Europe et dans le monde entier est très compliquée. Et nous serons tous d’accord pour dire que la crise que nous vivons est profonde, qu’elle touche les milieux économiques mais aussi politiques et que nous sommes en train de créer un autre monde, tant au niveau des relations internationales qu’au niveau de l’économie. Nous sommes dans un monde de transformation, des Etats-Unis à la Russie en passant par l’Europe Centrale. Les élections ont aussi montré qu’il peut y avoir souvent des surprises. Mais c’est aussi le moment propice à un rapprochement avec la Russie, plus particulièrement entre la France et la Russie. C’est aussi le moment de repenser l’organisation de l’Europe et l’intégration européenne.

Le sujet qui sera traité ce soir est complexe et pour en parler, nous avons la chance d’avoir un parlementaire président du groupe d’amitié France-Russie au Sénat. On réservera une place importante à la discussion avec le public, où je vois Christian Harbulot, directeur de l’EGE, Hervé Juvin, président d'Eurogroup Consulting, et bien d’autres.

Ce que je constate aussi, en guise d’introduction un peu impressionniste, c’est que dans cette période compliquée, il y a une sorte de cristallisation idéologique entre d’une part une critique d’une certaine forme de la globalisation, souvent accompagnée d’un corpus idéologique qu’on peut définir de manière un peu caricaturale par le progressisme sociétal, et face à ce mouvement qui ne connaît qu’une résistance ponctuelle, a émergé une volonté au sein des populations, une soif de retour à des valeurs traditionnelles, avec une critique de l’intégration européenne telle qu’elle a été faite ces dernières années comme n’ayant pas pris en compte les intérêts des pays.

Dernière idée qui me tient à cœur, c’est que dans cette phase de recomposition du monde et vraisemblablement de retrait progressif de l’impérialisme au profit de l’isolationnisme, avec sans doute un retrait de l’Asie Centrale, une baisse de l’interventionnisme américain, une évolution des engagements de l’OTAN, c’est une opportunité pour nous européens de reprendre notre destin en main et de tisser des liens avec le monde eurasiatique.

§

Gérard Longuet - J’aimerai commencer par remercier M. l’Ambassadeur. C’est formidable d’avoir un lieu de discussions aussi ouvert et aussi vivant.

La Russie, comme grande nation, peut se revendiquer d’être un centre culturel et spirituel. Et aujourd’hui, je me réjouis de voir un public jeune (mais tout est relatif, à mon âge, les gens sont de plus en plus jeunes, je constate même qu’il y a des enfants à l’Assemblée Nationale). La première chose que j’aimerai aborder, c’est qu’il y a en France un sentiment de sympathie pour la Russie qui est à la fois constant, entretenu et ambigu. Il est constant parce que les réalités géographiques l’ont toujours commandé, d’autant plus à l’heure du Saint-Empire. Il y a ce premier réflexe, qui est un réflexe stratégique, qui est de chercher un allié, qui peut nous épauler dans les difficultés que nous pouvons avoir avec notre voisin immédiat. Ce réflexe est ancien et il a été pratiqué par des hommes de natures extrêmement différentes et de convictions différentes qui ont accepté la Russie naturelle, manière polie de dire qu’ils ont accepté la Russie et la réalité de ses gouvernements. Les républicains ont toléré des gouvernements considérés comme autocrates. La résistance à cela s’est affaissée sous le principe de réalité, qu’a incarné Ernest Mercier. Personne aujourd’hui en France ne sait qui est Ernest Mercier. C’est un grand industriel français qui a emmené le patronat français en Russie en leur disant : « ça existe, on ne peut pas ne pas en tenir compte. » Le lien avec la Russie est donc stratégique et ancien. On n’oubliera pas à cet effet de citer 1944 et le Général de Gaulle mais aussi la formidable épopée Normandie-Niemen. La première réalité est donc celle de la réalité politique, bien que des réticences françaises persistent, avec comme premier argument que la Russie est trop différente de nous. Mais il faut ouvrir les mentalités.

Les liens culturels sont pour autant très forts. Ainsi, je me suis renseigné sur Pouchkine. Je ne savais pas jusqu’à ce matin (merci Google) qu’il écrivait indifféremment en français et en russe. Ce qui m’amène à évoquer le fond de l’intérêt culturel. Cet intérêt culturel, il transcende toutes les divisions politiques françaises. Les russes ont un amour pour la culture française très fort : ils ont une grande connaissance de notre langue, une connaissance très précise de nos auteurs aussi. Le regard de la France sur la Russie est très différent du regard porté par la majorité des pays de l’Union Européenne sur la Russie. Héritiers que nous sommes d’un patrimoine bâti, écrit, interprété qu’est la culture française, dont les racines sont profondes, nous ne devons, à l’heure de l’ouverture au monde, ne renoncer à aucune de nos racines, car c’est en ayant des racines que nous serons capables de comprendre ce qu’il se passe à l’extérieur, d’évaluer, de juger, de retenir ce qui nous plaît et parfois d’écarter ce qui pourrait nous inquiéter. Or, avec la Russie, nous avons exactement cette convergence.

Héritiers que nous sommes d’un patrimoine

bâti, écrit, interprété qu’est la culture française,

dont les racines sont profondes,

nous ne devons, à l’heure de l’ouverture au monde,

ne renoncer à aucune de nos racines,

car c’est en ayant des racines

que nous serons capables de comprendre ce qu’il se passe à l’extérieur,

d’évaluer, de juger, de retenir ce qui nous plaît

et parfois d’écarter ce qui pourrait nous inquiéter.

Or, avec la Russie, nous avons exactement cette convergence.

La société russe est une société à la fois d’une immense curiosité sur le reste du monde – ce qui est prouvé par la présence des entreprises russes dans le monde – sans renoncer en rien à ce qu’ils sont, à ce que vous êtes. Et ce bâtiment où nous nous trouvons, son architecture, certains ne l’ont pas compris, mais au contraire, c’est exactement un acte de foi, si vous me permettez ce terme religieux, pour un héritage culturel. Et pour eux russes, pour vous russes, l’ouverture est encore plus indispensable que pour nous français. La Russie a tous les voisins empoisonnants, de la Corée du Nord au Monde Musulman. Vous les connaissez, vous les pratiquez, et vous arrivez assez bien à construire des relations qui font qu’ils vous respectent. C’est une assez bonne leçon. Nous, français, nous avons une revendication légitime si on s’en donnait les moyens en ayant un peu moins de déficit et en lançant une politique culturelle internationale à la hauteur de nos ambitions, qui est compréhensible.

Mais les autres pays de l’Union Européenne ont des degrés de compréhension de nos comportements assez différents. Certains sont assez proches, mais n’en ont pas toujours les moyens comme les Espagnols. D’autres sont très intéressés par la Russie pour des raisons historiques, c’est le cas de l’Allemagne, mais ils n’intègrent pas cette vision dans une conception globale du monde en se disant que la Russie est leur voisin mais que les Etats-Unis les tiennent en sécurité. Ce sont deux alliés dont ils ont besoin et le XXème siècle a été difficile pour eux, ils font preuve de prudence. Cela créée une situation européenne compliquée. On se rend compte que le monde change, mais pas pour tout le monde. C’est préoccupant, et nous avons nous français cette double capacité à nous rassurer et rassurer nos partenaires. Mais ayons une vision mondiale, qui nous amènerait à nous rapprocher de la Russie, parce qu’il y a des intérêts communs, des identités communes. Soyons proches et nous avons la chance que le nouveau président américain, qui n’est pas russophobe, mette les européens face à leurs responsabilités. Pour nous, c’est l’idéal : il ne nous coupe pas de la Russie, étant lui-même russophile, et il rappelle aux pays membres de l’OTAN de l’UE qu’il serait temps de s’occuper de nous-mêmes par nous-mêmes, ce qui n’est pas choquant d’un point de vue gaulliste.

Donc voilà une situation qui est tout à fait exceptionnelle et comme je suis un peu long, je voudrai terminer par cette remarque : je suis consterné, je le dis avec beaucoup de franchise, du ton, du tour, que prennent les élections présidentielles françaises. Nous sommes en train d’élire un Homme ou une Femme dont l’autorité sera principalement de construire le message de la France et de sa politique étrangère, au sein de l’Union Européenne, pour que cette Union Européenne trouve, avec son principal voisin, qui par la taille et la population est la Russie, des moyens de construire ensemble des relations équilibrées avec la Chine. Il serait en effet appréciable de nous entendre avec ceux qui s’entendent avec les chinois pour pouvoir leur dire ce que nous ne pouvons leur dire parce que nous n’avons pas la même autorité, notamment dans les problèmes maritimes du Sud-Est Asiatique.

Il serait en effet appréciable de nous entendre

avec ceux qui s’entendent avec les chinois

pour pouvoir leur dire ce que nous ne pouvons leur dire

parce que nous n’avons pas la même autorité,

notamment dans les problèmes maritimes du Sud-Est Asiatique.

Nous avons besoin d’empêcher la guerre entre l’Inde et le Pakistan. Il se trouve que la Russie a de bonnes relations avec l’Inde, c’est un bon allié pour contribuer à ce que l’Europe voit son message relayé dans ce sous-continent.

Et évidemment, le thème principal est le Proche-Orient, dont la gravité est telle qu’on ne peut l’expédier en deux phrases en fin d’intervention, mais quand même. Ceux qui sont responsables et actifs méritent d’être plus entendus que ceux qui sont absents et inactifs. De ce point de vue, je crois encore que l’un des rôles de la France au sein de l’Union Européenne, c’est de décomplexer les européens dans une relation directe, franche, sans arrière-pensée avec la Russie.

Ceux qui sont responsables et actifs

méritent d’être plus entendus que ceux qui sont absents et inactifs.

De ce point de vue, je crois encore que l’un des rôles de la France

au sein de l’Union Européenne,

c’est de décomplexer les européens

dans une relation directe, franche, sans arrière-pensée avec la Russie.

C’est vraiment notre rôle. En tout cas, c’est le vœu que je formule pour la politique étrangère que le prochain président aura à conduire pendant 5 ans. Si nous avons cette attitude d’une sympathie qui ne débouche sur aucune conséquence, d’un intérêt qui ne débouche sur aucun engagement, sur aucune construction et de la facilité de politique intérieure qui consiste à hurler avec les loups pour avoir quelques soutiens, et râler avec les râleurs et pleurer avec les pleureuses, sans voir l’intérêt de long terme, nous n’avancerons pas. Nous l’avons fait pendant 5 ans, je crois que nous avons perdu beaucoup de temps et beaucoup de crédit dans une relation qui est une relation indispensable, pour faire en sorte que, comme le disait Henri, il y ait l’Union Européenne et il y ait la réalité Européenne. L’UE, c’est une organisation, qui vient de perdre l’un de ses membres. La réalité européenne, c’est un continent qui n’a pas de limite certaine mais dont on est certain que la Russie fait partie, parce que ses décisions ont un impact mondial, et c’est cet impact mondial de la Russie qui nous donne le devoir absolu de rétablir des relations avec elles, qui soient celles qu’on peut avoir avec un ami : sans complaisance mais sans hypocrisie, avec cette idée que lorsqu’on trouve un accord, on apporte un peu plus de paix au monde entier.

La réalité européenne, c’est un continent qui n’a pas de limite certaine

mais dont on est certain que la Russie fait partie,

parce que ses décisions ont un impact mondial,

et c’est cet impact mondial de la Russie

qui nous donne le devoir absolu de rétablir des relations avec elles,

qui soient celles qu’on peut avoir avec un ami :

sans complaisance mais sans hypocrisie,

avec cette idée que lorsqu’on trouve un accord,

on apporte un peu plus de paix au monde entier.

§

Henri de Grossouvre - Merci M. Le Ministre pour ce bel exposé et cette belle conclusion, cette vision d’avenir prometteuse. Je laisse la parole à Bernard pour aborder les questions économiques, stratégiques, industrielles et militaires.

§

Bernard Carayon - M. L’Ambassadeur, M. Le Ministre, Mesdames et Messieurs, Henri m’a demandé de ne pas faire trop long. Je vais essayer de faire un peu soviétique et un peu français.

Les relations avec la Russie sont à la fois des relations de passion et des relations de raison, comme toutes relations de puissance. Nous appartenons à une même civilisation. Nos racines chrétiennes nous rapprochent. Vous avez été évangélisés par les grecques, nous avons été colonisés par les romains, notre histoire puise en quelque sorte aux mêmes sources. Et puis nous sommes proches par l’histoire. Les philosophes des Lumières ont influencé la mode et l’actualité intellectuelles en Russie. Voltaire a été un porte-parole de la Russophilie à Paris alors même que la Cour était plutôt russophobe. Les guerres nous ont opposés. Nous français, nous avons des souvenirs de batailles victorieuses. Et souvenez-vous aussi des cosaques à Paris, mieux accueillis aux Champs-Elysées que chez eux, ce qui montre la tendance française à la collaboration. Nos relations ont été cordiales au moins jusqu’à 2012. Ce qui nous rapproche aussi, c’est le sens de l’Etat et c’est ce qui nous distingue fondamentalement d’autres pays européens qui ne sont de fait que des sociétés.

Ce qui nous rapproche aussi, c’est le sens de l’Etat

et c’est ce qui nous distingue fondamentalement

d’autres pays européens qui ne sont de fait que des sociétés.

Une alliance se nourrit de passion et de raison, comme un mariage. Parce que la Russie est une grande puissance énergétique mondiale, et alors que nous avons, nous européens et nous français en particulier, des besoins constants, voire croissants, nous devrions mieux résoudre nos problèmes d’approvisionnement avec un pays qui partage la même vision de la civilisation. Et surtout, nous avons le même ennemi : l’ennemi islamiste, qui est à la fois à nos portes et chez nous. Cet ennemi, il faut l’éliminer et nous connaissons le talent russe, à savoir identifier l’ennemi pour le réduire. Nous avons des problèmes géopolitiques avec la Chine. Nous n’avons aucun intérêt à repousser la Russie vers la Chine, alors que la Russie fait le pont entre deux mondes.

Nous devons être lucides sur l’état du Monde. La même vision des Etats-Unis doit s’imposer. Deux pays à forte tradition de souveraineté comme les nôtres ne peuvent s’accommoder de l’impérialisme américain, d’autant plus que cette puissance militaire recule aujourd’hui devant ses responsabilités, notamment au Proche-Orient. Nous ne pouvons plus nous satisfaire de la domination du soft-power, de la domination monétaire – sans doute est-il temps de songer à une alternative au dollar – d’une domination juridique, qui s’exprime par l’insupportable extraterritorialité du droit américain, d’une domination technologique, domination financière, domination aussi dans les relais médiatiques. Bref, nous français et nous russes ne devons plus être les idiots utiles de ceux qui bafouent nos intérêts au nom de leurs valeurs. BREZINSKI, américain et démocrate disait

« Dans la terminologie abrupte des empires du passé- les trois grands impératifs géostratégiques se résumeraient ainsi : éviter les collusions entre vassaux et les maintenir dans l'état de dépendance que justifie leur sécurité ; cultiver la docilité des sujets protégés ; empêcher les barbares de former des alliances offensives. ».

Il y a trois sujets de conflit avec la Russie, qui justement nous rapprochent : d’abord, on conteste à la Russie ses sanctuaires. Les français savent ce que sont des sanctuaires. Je ne parle pas de cimetières, mais de ce qui constitue une force : pour nous, il s’agit de notre Empire colonial et l’influence au Maghreb. Les américains ont eux-mêmes leur propre arrière-cour. Le premier sanctuaire contesté à la Russie, c’est le pétrole. Poutine a repris la main sur ce secteur au début de son mandat en reconquérant les moyens d’une rente légitime pour l’Etat russe. Deuxième sanctuaire, la Crimée, son rattachement à la Russie, avec les conséquences disproportionnées sur nos échanges. Repensons à la Serbie, au Kosovo, aux interventions sans résolution du conseil de l’ONU. Mesdames et messieurs, le droit à l’autodétermination obtenu par référendum est-il à géométrie variable ? L’Ukraine a plombé le partenariat stratégique engagé entre la Russie et l’Europe. La question de la Géorgie et de l’Arménie enfin, nécessitent que les occidentaux se rapprochent de la Russie.

Repensons à la Serbie, au Kosovo,

aux interventions sans résolution du conseil de l’ONU.

Mesdames et messieurs, le droit à l’autodétermination

obtenu par référendum est-il à géométrie variable ?

Autre chose : on donne des leçons démocratiques à la Russie comme le mauvais élève de la classe occidentale. Elle est en quelque sorte, ce qui est choquant, sommée de donner des gages à la bonne conscience internationale, bonne conscience gouvernée pour l’essentiel par des ONG étrangères américaines. On est bien plus sévères avec le président Poutine qu’on ne l’était avec les dirigeants soviétiques ou qu’avec Mao Zedong. Faut-il être plus tolérant avec les monarchies du Golfe qui pratiquent la Charia et financent le terrorisme, ou les pays africains, sous influence anglo-saxonne, où règnent à la fois népotisme et corruption sans jamais qu’on ne leur demande des comptes ? En réalité, la Russie de Vladimir Poutine est devenue une cible parce qu’elle représente tout ce que déteste le mainstream occidental. Vladimir Poutine défend la position de souveraineté de son pays, ce qui est insupportable pour ceux qui font de l’abolition des frontières une nécessité à la fois morale et économique. Cette conduite de l’Etat est inspirée par la prévalence du politique sur l’économie. La Russie raisonne en puissance. Mais c’est insupportable pour les libre-échangistes qui ne reconnaissant pas les vérités qui leur sont extérieures. Enfin, crime parmi les crimes, la Russie est une société multiethnique qui a réussi ce qu’on appelle l’assimilation.

 

On est bien plus sévères avec le président Poutine

qu’on ne l’était avec les dirigeants soviétiques ou qu’avec Mao Zedong.

Faut-il être plus tolérant avec les monarchies du Golfe

qui pratiquent la Charia et financent le terrorisme,

ou les pays africains, sous influence anglo-saxonne,

où règnent à la fois népotisme et corruption

sans jamais qu’on ne leur demande des comptes ? (...) 

Vladimir Poutine défend la position de souveraineté de son pays,

ce qui est insupportable pour ceux qui font de l’abolition des frontières

une nécessité à la fois morale et économique.

Cette conduite de l’Etat est inspirée par la prévalence du politique sur l’économie.

La Russie raisonne en puissance. (...) Enfin, crime parmi les crimes,

la Russie est une société multiethnique qui a réussi ce qu’on appelle l’assimilation.

Bref, restaurer l’Etat et la souveraineté, voilà un enjeu atteint par la Russie et que nous devons nous aussi atteindre. C’est une des difficultés essentielles à laquelle se heurte le candidat de la droite.

Enfin, quelles pistes alors ? D’abord, affranchissons-nous des tabous. Les affaires du continent européen ne regardent pas les Etats-Unis. Nous sommes des alliés et non pas des vassaux. L’Europe ne se mêle pas de l’arrière-cour américaine, en particulier leurs problèmes migratoires, que les américains nous laissent tranquilles. Ouvrons les yeux sur le rôle des ONG étrangères contre les souverainetés. Exigeons une transparence totale sur leur financement. Lançons en quelque sorte l’alerte, nous aussi. Autre piste, l’économie stratégique nous rapproche. La Russie a compris avec Poutine ce qu’était une industrie stratégique, soit une industrie où l’économie apporte aussi en plus de l’emploi et de la richesse, de la puissance et de l’influence. Cette vision est totalement absente du discours européen et de la vulgate exprimée par la Commission européenne. Nous devons avoir une approche commune dans un certain nombre de secteurs stratégiques. Prenons un exemple. Vous savez que la conception des micro-processeurs est dominée par les entreprises américaines. Or, l’Europe et la Russie disposent d’importants atouts en recherche, parmi les meilleurs au monde, qui nous permettraient de fabriquer des micro-processeurs pour cesser avec cette dépendance. Concevons un pôle de compétitivité international virtuel. Troisième piste : la jeunesse. Il faut multiplier les programmes d’associations entre les universités et les grandes écoles russes et françaises. Il faudrait créer un institut franco-russe stratégique dont les commandes seraient confiées à des étudiants et des chercheurs, qui cibleraient leurs travaux sur ce qui nous rassemblent plutôt que ce qui peut nous opposer, en particulier, les sujets de veille géopolitique, sur l’élaboration des normes techniques et juridiques qui peuvent peser sur les entreprises. Autre idée, créer un système de young leaders, pour former à nos intérêts et nos valeurs les jeunes élites. Confions à des jeunes étudiants et des jeunes chercheurs la création d’un observatoire, pour faire prévaloir nos désirs de transparence.

En guise de conclusion, j’aimerai dire ceci. Partout, le peuple exprime sa volonté d’un retour aux frontières, seules garantes de la cohésion sociale, de l’unité nationale, du respect de l’identité et de nos racines. Bref, c’est la revendication de la souveraineté. Ce n’est pas un retour aux origines mais un retour aux libertés. Quand le progressisme est une régression, le seul progrès qui vaille est la liberté. Merci à tous.

 

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Henri de Groussouvre - Merci pour cette explication complète, pratique et parfaite. Sans transition, nous avions promis de donner la parole au public. Nous commençons par Hervé Juvin.

§

Hervé Juvin - Bonsoir à tous et à toutes, j’ai évidemment beaucoup apprécié ce que j’ai entendu. Je me permets de revenir à des sujets un peu plus économiques.

C’est un moment exceptionnel et qui devrait nous rendre très optimistes, que celui que nous vivons ici : non seulement à cause du nombre de présents mais aussi à ce que, cher Bernard Carayon vous avez dit. Nous assistons à une insurrection partout dans le monde. La peste globaliste a perdu la partie. Et aussi bien pour une Europe des Nations réaffirmant sa civilisation propre que pour la civilisation russe qui va continuer à s’approfondir. Et puis, M. Le Ministre, Gérard Longuet, j’ai beaucoup apprécié ce que vous avez indiqué sur la vision mondiale à laquelle vous appelez la France et l’Europe. Mes amis diplomates anglais me parlent d’une Europe coupée de leur Empire et coupée du monde, ce qui avait joué dans le Brexit. La France doit se souvenir qu’avec la Grande-Bretagne et la Russie, elle est la seule diplomatie mondiale d’Europe. Je crains que l’Europe ne rapetisse la France en voulant l’unifier à ceux qui n’ont pas de conscience mondiale.

Mes questions économiques sont d’ordre différent. J’ai publié un rapport sur les conséquences de l’extraterritorialité des lois américaines notamment dans les relations avec la Russie. Pour une entreprise, en particulier les PME, qui n’enfreignent pas les conditions de l’embargo, la question est très concrète : aucune banque européenne et en particulier aucun banque française, ne l’accompagne dans ses activités. Un grand groupe peut probablement se débrouiller, pour une PME, c’est impossible. Aujourd’hui, il est possible d’utiliser des systèmes de compensation basés en Chine qui n’ont à aucun moment à faire avec le dollar. Aussi : comment avance-t-on sur ce plan en France ?

Autre question portant sur les nouveaux empires qui émergent dans la Sillicon Valey, qui défient l’ordre national, les lois nationales et tentent de nous imposer un nouvel ordre mondialiste. J’ai le sentiment qu’avec une grande naïveté la France a abandonné l’idée que les données personnelles des français soient hébergées sur le sol français alors que la Chine, notamment avec son moteur de recherche Ali Baba, la Russie avec sa loi sur l’hébergement des données personnelles russes, exigent que tout soit souverain. N’avons-nous pas dans ce domaine une coopération à établir avec la Russie ? Cette coopération est-elle déjà engagée ?

La France doit se souvenir qu’avec la Grande-Bretagne et la Russie,

elle est la seule diplomatie mondiale d’Europe.

Je crains que l’Europe ne rapetisse la France

en voulant l’unifier à ceux qui n’ont pas de conscience mondiale.

 

Bernard Carayon - Pour l’hébergement des données personnelles, j’aime autant que cela soit en France plutôt qu’en Russie. Sur la question de l’extraterritorialité du droit américain, il y a des moyens de s’y opposer. J’étais parvenu, en faisant voter en 2012 dans les derniers jours de la session parlementaire une loi sur le secret des affaires qui comportait un dispositif juridique permettant de s’y opposer. Cela s’était obtenu de longue lutte, contre l’avis du Quai d’Orsay qui ne voulait pas se fâcher avec les américains. Quand la nouvelle majorité a repris ce texte en l’amendant, elle l’a à ce point amendé qu’elle a supprimé cette disposition, dans une optique de soumission à notre concurrent américain. Mais il est possible, par la voie législative, d’adopter des mécanismes de contournement de ces obstacles.

Pour l’aspect économique, il n’y a pas d’autre moyen que de s’affranchir du dollar comme monnaie d’échange.

Sur la cybersécurité enfin, quand on a en France et en Russie des mathématiciens qui sont parmi les meilleurs au monde, nous avons les ressources pour trouver des alternatives pour les domaines du cloud notamment. C’est à nous d’avoir un jour une agence commune ou un partenariat. C’est un domaine d’émancipation, pas seulement technologique et scientifique mais aussi culturel. On ne peut pas accepter l’hégémonie, car elle nous soumet à ses prix et ses obligations.

 

Gérard Longuet - Le groupe d’amitié France-Russie a pour objet de conduire des actions politiques. A l’initiative de Jean-Pierre Raffarin, sur un texte rédigé par le groupe d’amitié, nous avons fait voter un texte demandant la levée des sanctions, pour la bonne raison que ces sanctions nous pénalisent plus que les partenaires russes, mais aussi parce qu’elles sont l’occasion de donner aux américains un insupportable droit de regard. Cette résolution, n’est cependant pas un texte de loi car pour la politique étrangère, c’est le Président de la République qui décide, le Parlement ne peut que ratifier.

§

Henri de Groussouvre - Avant de donner la parole à Christian Harbulot, j’aimerai saluer la présence d’Alexandre Moustafa, qui est vice-président du Cercle Pouchkine et issu de l’EGE, fondée par Christian Harbulot.

 

§

Christian Harbulot - Je voudrai rebondir sur les propositions de Bernard. Il fut un  temps où les russes nous ont montré qu’ils étaient puissants. A l’EGE, nous gardons en mémoire leurs bonnes recettes. Je pense qu’il y a un combat commun, pour aller plus loin sur l’observation. Il faut battre Monsieur Soros. Nous, à l’EGE, nous sommes prêts à travailler avec d’autres pour le battre, par l’information, par la connaissance, par la pédagogie et par l’éducation. Donc c’est un appel : comment le battre ? Si les russes sont prêts à œuvrer en ce sens, bienvenue au club, c’est une logique de combat. Observation oblige, action oblige.

 

Xavier Moreau -J’ai une remarque et une question. Pour battre Soros, je pense qu’on peut s’inspirer de ce que font les russes. Ils sont en pointe dans le combat pour la réalité, notamment dans la considération des ONG qui reçoivent de l’argent étranger. Ainsi, en Russie, si vous êtes une ONG qui reçoit de l’argent des Etats-Unis, vous n’êtes plus une ONG mais un agent étranger d’intérêt. Nous n’avons peut-être pas besoin d’un terme aussi polémique, mais nous pourrions par exemple parler d’organisation étrangère recevant des financements étrangers et obliger, à chaque intervention dans les médias à se décliner comme tel pour qu’on puisse savoir que ces organisations sont payées par l’étranger.

Ma question est plus liée à l’élection présidentielle. Dans le programme de François Fillon – que je soutiens donc ce n’est pas une question piège – il parle de faire l’UE sous un leadership français. Alors, qu’est-ce que cela signifie et comment on va le faire accepter à l’Allemagne ?

 

Gérard Longuet - Cela signifie que la France doit cesser d’être un pays qui produit de l’endettement, qui sacrifie les investissements de recherche et de production. Il faut que nous redevenions un pays qui travaille un peu plus et qui dépense un peu moins dans des activités qui ne sont pas directement productives ou créatrices de richesses de toutes formes, comme la connaissance peut aussi l’être. Pourquoi ne sommes-nous pas leaders en Europe ? Aujourd’hui, on dépend de nos créanciers. Le drame de la France c’est qu’accumulant le déficit, elle perd de l’autorité vis-à-vis d’un partenaire, l’Allemagne, qui en réalité aimerait nous respecter, parce que nous savons faire, encore aujourd’hui, ce qu’ils ne savent pas faire, ce qu’ils ne peuvent pas faire, ce qu’ils ne peuvent plus faire et ce qu’ils ne veulent pas faire. Mais le prix est un peu cher payer. Reconnaître aux français cette différence défavorable leur coûte beaucoup d’argent et tire l’UE vers une médiocrité qui les préoccupe. A la fin du XXème siècle, sous l’autorité de Schröder et avant qu’il n’engage les réformes Hartz, l’Allemagne, en raison de la réunification était l’homme malade. Culturellement parce qu’on ne savait pas si les valeurs de l’Ouest allaient entraîner l’Est mais surtout parce qu’on ne savait pas si l’économie allemande parviendrait à générer des investissements suffisamment productifs. La réponse a été assez cruelle : l’échec de Schröder. Mais la réalité est autre : Merkel a fonctionné sur la lancée de Schröder. Nous français, nous avons fait le chemin inverse avec les 35h. J’ai travaillé longtemps en Alsace-Lorraine, régions frontalières de l’Allemagne, où nous nous observions mutuellement avec les allemands. Nous avions un avantage de coût salarial de 15 à 20 % par rapport à nos voisins. Nous l’avons perdu en 20 ans. Et du jour au lendemain, les investissements industriels non européens en Lorraine ont cessé, parce que pour un japonais ou un américain, c’était bien mieux d’aller en Allemagne, devenue peu chère. La date de péremption de la solidarité allemande pour nous est atteinte.

Ce que propose François Fillon, c’est non pas de roucouler sous le balcon de Merkel mais d’aborder un rapport d’égalité, de productivité, de capacité à investir et en particulier dans les domaines où nous avons un domaine stratégique que nous n’avons nullement vocation à partager avec eux. L’exemple du nucléaire est emblématique de notre échec dans cette optique. Nous nous sommes ruinés à développer un système trop complexe dont on avait sans doute pas besoin et l’Allemagne l’a finalement refusé. Il faut qu’on comprenne qu’on peut travailler avec les allemands sans leur courir après et travailler avec eux sans nécessairement partager tout ce que l’on a, à condition d’être respectés et respectables par notre santé économique. Ainsi, l’équilibre de nos finances publiques est important et ce moins du point de vue économique que du point de vue de la responsabilité de nos autorités politiques qui doivent cesser de repousser les décisions en usant du crédit des générations à venir. La France n’a pas toujours été bien gouvernée. On a beaucoup dévalué. Comme c’est impossible, on a saturé avec les impôts, on s’endette maintenant. C’est insupportable car c’est l’expression d’un manque de courage absolu et nos partenaires allemands nous voient et se disent : « voilà, on doit vivre avec cet homme malade ». On doit cesser d’être malades pour enfin être respectés.

 

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Henri de Grossouvre - Nous passons aux deux questions suivantes.

 

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Dimitri de Kochko - Je suis Dimitri de Kochko et j’anime avec plusieurs personnes de cette salle le site « stoprussophobie.info ». Pourquoi ce nom ? Parce que comme vous l’avez souligné, la majorité de la population française est russophile. Mais malheureusement, il existe quand même des réalités russophobes incontestables qu’on remarque beaucoup dans la presse et dans une partie du personnel politique, ce qui nous amène à faire pas mal d’erreurs et même à renier nos valeurs, notamment en matière de liberté d’information, de variété d’information et de fiabilité d’information, ce qui peut aussi avoir des conséquences économiques. Donc, ma question porte justement là-dessus : pourquoi cette France qui possède les médias – outre les médias des services publics – est-elle aussi antirusse, aussi russophobe ? Alors qu’historiquement, les russes n’ont jamais été bien méchants à l’égard des français, que ce soit Alexandre Ier en 1814, que ce soit la bataille de la Marne qui a tourné à notre avantage grâce aux russes, que ce soit même – et Dieu sait comme j’ai peu d’amitié pour Staline - lorsque De Gaulle a été reçu en 1944 en URSS et œuvré à ce qu’il soit dans le camps des vainqueurs. On a peu à en vouloir en russes alors pourquoi cette oligarchie déteste tant les russes ? Pourquoi ne tolère-t-elle aucune voix alternative dans les médias français ou, si ces voix parviennent à se faire entendre, sont-elles immédiatement taxées d’ « agents poutiniens » ou que sais-je d’autre ? C’est très sincère comme question, je ne peux y répondre.

Par ailleurs, pour ce qui est de la jeunesse, pourquoi ne pas songer à un office franco-russe de la jeunesse, sur le modèle de celui qui existe avec l’Allemagne. Et à propos des ONG, beaucoup d’ONG ont des reconnaissances internationales, notamment auprès de l’ONU et du Conseil de l’Europe, pourquoi ne pas aider les associations franco-russes à être reconnues administrativement auprès de ces organisations internationales ?

 

Slobodan Despot - Ma question va compléter celle de Monsieur Koushko.

 

Henri de Grossouvre - Slobodan Despot, mentionnons-le, a publié son premier roman chez Gallimard et est un des grands succès de l’assimilation. Il est arrivé de Serbie en Suisse enfant et il est une des plus prometteuses plumes françaises d’aujourd’hui.

 

Slobodan Despot - Merci beaucoup Henri. Cela me permet de présenter l’Antipresse, que je dirige. Il s’agit d’une lettre d’information, qui traite souvent des problèmes entre la France et la Russie, avec une approche plus culturelle et historique qu’économique et politique.

Ce qui me frappe, c’est que nous avons un substrat, une couche intérieure de malentendus que nous n’avons pas encore explorés aujourd’hui et qui joue dans l’incompréhension entre les russes et les français. En arrivant à Paris de Genève, j’ai traversé la Gare de Lyon où se trouve une exposition en 17 tableaux sur la conquête de l’espace. Sur ces 17 tableaux, pas un ne mentionne la conquête de l’espace russe. Pas un seul. Comme si ceux qui continuent à fournir les moteurs des vaisseaux spatiaux et sont capables d’envoyer seuls des hommes dans l’espace et les rapatrier n’existaient pas. Et ça, ce n’est ni de l’ordre du politique, ni de l’ordre de l’économique, ni de l’ordre du stratégique, c’est de l’ordre de la conscience collective.

Mais c’est au-delà de ça. Ce qui me semble important dans les relations franco-russes, c’est qu’il y a un vieux contentieux dont on ne parle jamais et qui à mon avis est déterminant, c’est que la France a pendant des siècles été l’outil stratégique de Rome, de l’Eglise catholique. A partir du moment où Moscou a revendiqué le statut de IIIème Rome, il y a eu manifestement une concurrence, une rivalité que nous n’avons pas fini aujourd’hui de résoudre, ne serait-ce que du point de vue de l’enseignement. En Russie, on connaît très bien l’histoire de France, en France on ne sait rien de l’histoire de Russie. Ce n’est donc pas étonnant d’oublier des décennies de conquêtes spatiales. Alors comment remédier à cela ?

Henri de Grossouvre - On s’approche petit à petit de la fin, je vous propose donc de répondre et conclure et Pierre nous dira un mot sur le Cercle pour terminer.

Gérard Longuet - Je vais répondre mais je ne vais pas conclure du tout, car je n’en ai pas la capacité.

Pourquoi cette russophobie ? Parce que les intellectuels français ont été d’une telle lâcheté et d’une telle complaisance à l’égard de Staline qu’ils pensent pouvoir se racheter en étant nécessairement strictes avec Poutine. Mais ça n’a rien à voir. Ils s’efforcent de faire oublier ce temps de la servitude acceptée ou il valait mieux être d’accord avec Sartre qu’avec Raymond Aron. Deuxième raison : la Russie a trouvé des valeurs éternelles et surtout, qu’on pouvait renouer avec elles. La Russie a compris qu’il n’y a pas de déterminisme historique, que le sens de l’histoire n’est pas une évolution inéluctable vers un système que l’on appellera un système d’asservissement pour faire simplement. En apportant cette démonstration, elle accable ce ressort : en voulant faire oublier la servilité, on en rajoute. La Russie apporte, elle, la démonstration de la capacité du retour aux sources, aux racines, à la culture et c’est évidemment une perspective terrifiante pour des gens qui considèrent qu’il faut du passé faire table rase, qu’il faut jeter tout ce qui a été fait et reconstruire une société dont ils sont les inventeurs. Cet enracinement, qui est une forme de conservatisme positif (Je suis désolé pour le Comte de Chambord), est pour moi réjouissant, mais c’est inacceptable pour l’intelligentsia parisienne qui se forme en hydre qui se multiplie à l’infini et réagit à toute occasion, s’octroyant le droit de donner la morale à tous les français.

 

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Pierre Gentillet - Merci. Il est l’heure de conclure. Je voudrai d’abord remercier l’équipe du Cercle Pouchkine qui a permis l’organisation un peu difficile il faut le reconnaître, de cette rencontre. Je vous annonce également le Cercle Pouchkine se développe de plus en plus, il désormais possible sur le site de faire des dons. Si vous souhaitez soutenir notre action vous le pouvez. Ces contributions nous aident beaucoup. Enfin, je vous informe que nous nous retrouverons le 9 mars prochain pour une prochaine conférence, afin de prolonger cette réflexion. Je laisse la parole à Henri pour la conclusion.

Henri de Grossouvre - Je voudrai enfin remercier M. L’Ambassadeur Orlov grâce à qui nous avons pu organiser cet événement ici.

Conférence d'Anna Gishkina • Конференция с Анна Гишкина

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Conférence de Jean-François Geneste • Конференция с Жан-Франсуа Женест
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Conférence d'Igor Mirovic • Конференция с Игорь Миркович
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