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Conférence avec Igor Mirović : 

La Serbie : pivot des Balkans, au carrefour des puissances étrangères

17 janvier 2019

Igor Mirovic : Je souhaite remercier les membres du Sénat, Henri de Grossouvre et Pierre Gentillet. Vous nous donnez l’occasion de parler de notre histoire et de notre géopolitique et cela nous touche particulièrement.

J’aimerai par ces mots expliquer quelques visions préliminaires sur ce qu’il se passe dans les Balkans. Je développerai quelques idées concernant la vison géopolitique de la Serbie ainsi que sur ce qu’il se passe plus généralement en Europe orientale.

La Serbie est un pays de 88 000 km² et 7 millions d’habitants. C’est le troisième pays des Balkans après la Grèce et la Bulgarie. Quand on parle des Balkans occidentaux, c’est le pays le plus important par sa superficie.
La Serbie est au cœur de la péninsule balkanique. Au cœur des voies fluviales, terrestres et ferroviaires, elle est aussi le carrefour du Moyen-Orient.


La Serbie est par ailleurs multiethnique et l’on y constate un niveau élevé de garantie des droits des minorités. Pour preuve : 1/5 de la population n’est pas serbe. En cela, la province de Vojvodine est un bon exemple puisqu’il y existe un haut niveau de droits pour toutes les minorités dans les écoles ou même dans les mairies et les emplois publiques, où les langues minoritaires sont également parlées avec le serbe.

Le parti majoritaire en Vojvodine est le Partie Progressiste de Serbie (Српска напредна странка ; Srpska napredna stranka, SNS), majoritaire depuis 2002. Il rassemble plus de 50 % des voix en Voïvodine, qu’il dirige dans une coalition avec des partis minoritaires comme le Parti Socialiste (Социјалистичка партија Србије ; Socijalistička partija Srbije, SPS). Le président du parti est également celui du gouvernement. En 4 ans, de nombreuses réformes ont été mises en œuvre avec des résultats probants : 4 % de croissance par an et un déficit public divisé par 2 en 4 ans.  Par ailleurs, en 4 ans, les investissements directs étrangers ont été de 3 milliards d’euros, une somme supérieure à ce que les pays limitrophes ont investi en Serbie.

La priorité du gouvernement serbe est l’intégration dans l’Union Européenne (UE). Bien que difficile en raison du contexte actuel, des efforts encore plus importants sont à cet effet déployés. Malheureusement, beaucoup de pays ont reconnu l’indépendance de la province autoproclamée du Kosovo. Mais nous restons optimistes quant à l’idée de régler ce problème par le compromis.
Dans la course à l’intégration européenne, notre indépendance et notre souveraineté posent encore problème. Mais ce sont des questions qui peuvent être réglées si on les traite avec beaucoup de courage.

Pour ce qui est du rôle de la France à cet égard, il faut noter que la relation que nous entretenons avec la France est bien moindre que ce que nous attendons au vu des relations historiques qui étaient autrefois entretenues entre les deux pays. Dans le contexte d’une telle absence de relation, d’autres puissances en profitent pour développer leur influence, comme les Etats-Unis qui sont en ce moment très insistants. Alors même que la France et la Serbie entretenaient des relations fortes et étroites pendant les guerres mondiales, la France n’est plus que le 8ème investisseur en Serbie, alors que l’Allemagne occupe la 1ère place. On peut aussi relever à cet égard le rôle de la Turquie, d’autant plus qu’une partie de son territoire se trouve dans les Balkans.

Dans un tel contexte protéiforme, la Serbie cherche son identité et sa voie et ce malgré les pressions de l’extérieur. Ainsi, l’intégration à l’UE est voulue pour des raisons de valeurs et pour des raisons économiques. Pour autant, toutes les enquêtes et sondages d’opinion convergent pour affirmer que c’est davantage pour les valeurs que l’intégration représente que l’opinion publique est en faveur de cette intégration. Par ailleurs, les Serbes sont bien conscients du fait que la Roumanie ou la Bulgarie ont rejoint l’UE sans avoir atteint un niveau de réforme semblable à celui de la Serbie.

C’est dans ce cadre que les grandes puissances de l’UE œuvrent à accélérer le processus d’intégration. Mais elles imposent dans le même temps le Chapitre 35 de l’acquis communautaire qui obligerait à se débarrasser du Kosovo-Métochie, un cas unique et une obligation qui n’avait jamais été imposée à un autre pays auparavant.

Il faut savoir que les autorités du Kosovo-Métochie ont imposé une taxe unilatérale de 100 % sur les produits serbes, ce qui empêche tout commerce. Autre provocation : la formation de la pseudo armée du Kosovo, qui s’oppose à la Résolution 1244 des Nations Unies et à toutes les règlementations militaires en vigueur. Les autorités du Kosovo n’écoutent que les Etats-Unis, mais pour autant, quand ceux-ci ont soulevé le problème de la taxe et appelé à un changement du tarif douanier, rien n’a changé.

De même, dans ce contexte particulier d’une mondialisation qui créée de nouvelles puissances, ces nouveaux acteurs font eux-aussi leurs propositions de coopération à la Serbie qui envisage ces propositions. Nous menons de même au sein de la sphère des Balkans occidentaux des efforts pour coopérer avec les anciens pays des Balkans occidentaux comme la Bosnie-Herzégovine par exemple. Nous sommes d’ailleurs sur le point de conclure un accord économique dans lequel la Serbie apparaîtrait comme un pivot. Le président de la République de Serbie a ainsi pris l’initiative de la création d’une union douanière. Cela concernerait 20 millions de personnes, mais représenterait aussi des emplois créés et une baisse des déficits. Ce n’est cependant pas encore accepté par tous les partenaires. On pourrait alors rétorquer à l’idée d’une intégration des Balkans  Occidentaux qu’ils veulent tous entrer dans l’UE sans seulement parvenir à faire une union douanière entre eux. Mais la Serbie fait tout dans ce cadre pour lier les Balkans entre eux, via des initiatives politiques et diplomatiques. On peut par exemple citer la ligne ferroviaire reliant Budapest et Belgrade ou encore les deux autoroutes reliant Belgrade et Sarajevo et Belgrade et le Kosovo.

Alors que 80 % des investissements en Serbie viennent d’Europe occidentale, nous devons tout autant respecter les accords bilatéraux que nous avons conclus (ainsi de la Russie, de la Chine, du Kazakhstan ou encore de la Biélorussie). Ils permettent aussi le développement du pays. Par ailleurs, beaucoup de pays hors UE sont désireux d’établir avec nous des relations économiques. On ne peut pas leur tourner le dos.

Il nous faut aussi être reconnaissants vis-à-vis de ces pays du fait du soutien dont ils nous témoignent l’expression dans le cadre du Conseil de Sécurité des Nations Unies, notamment quand il est question du Kosovo-Métochie. C’est ainsi que la plainte de la Grande-Bretagne contre nous pour « action génocidaire » a été retirée suite à l’action de la Russie.


De même, la Chine a investi 10 milliards d’euros en Serbie dans le domaine de l’énergie ou des transports, ce qui a contribué au développement du pays. La Serbie est ainsi devenue un maillon important du projet chinois « une voie, une stature ».


Ainsi, les dirigeants chinois ou russes accomplissent une visite quasiment de façon annuelle en Serbie. Au contraire, le dernier président français a avoir effectué une visite officielle en Serbie était… Jacques Chirac ! Tout ne dépend donc pas seulement de la Serbie…

S’il existe un important investissement français en Serbie, il est bien moindre par rapport à celui d’autres partenaires et surtout par rapport à ce qu’incombait les relations historiques de nos pays. Mais nous restons confiants. La France semble néanmoins avoir oublié toutes les relations qui existaient et ses actions en Serbie sont bien moins nombreuses.
Nous attendons pourtant des investissements plus importants de la part de la France. D’un point de vue politique, rappelons que notre président est venu pour le 11 novembre en France mais nous attendons toujours Macron qui a annulé sa visite, reporté en raison du contexte politique local.

Rappelons qu’à Novi Sad, la capitale de la Voïvodine, on trouve 2 lycées qui proposent des cours bilingues serbes-français. La ville héberge aussi en son université la chaire de français. Les serbes ne feraient pas étudier leurs enfants dans ces établissements s’ils n’aimaient pas la France !


En tant que serbes, nous devons travailler sur ces relations. Nous étions par exemple heureux de savoir qu’il existait un groupe d’amitié France-Serbie au Sénat, mais nous étions déçus qu’il ne travaille en fait pas exclusivement sur la Serbie mais plutôt sur tous les pays à proximité. C’est assez difficile d’expliquer aux serbes, qui sont si attachés à la France, qu’il n’existe donc pas vraiment de groupe spécial au Sénat français.

Nous avons su travailler conjointement avec la France à l’époque dorée avant l’époque communiste au travers d’échanges culturels (notamment les échanges universitaires) et au travers de beaucoup de projets économiques. Mais cette dynamique a été abîmée par la période communiste.

Pour autant, il faut bien comprendre que pour un citoyen lambda, même si d’autres pays ont un rôle économique plus fort en Serbie, c’est toujours la France qui est préférée. La France conserve un statut particulier dans le cœur des serbes qui la préfèrent irrationnellement, notamment du fait du lien historique très fort qui unit nos deux pays. A nous donc d’aller ensemble plus loin.

 

 

 

 

Questions

Quel appui des Etats Membres de l’UE ?

Nous sommes appuyés diplomatiquement par des pays des Nations Unies qui sont déjà revenus sur leur décision de reconnaître le Kosovo. Il n’y a pas cependant eu de tel revirement parmi les Etats membres de l’Union Européenne. Ce que l’on attend alors de l’UE est une garantie des droits des serbes au Kosovo. La situation semble changer favorablement comme le montre la modification de la position française au Kosovo-Métochie par exemple.


La Serbie a exigé des clarifications : quid de l’identité, du maintien des intérêts au Kosovo-Métochie ? Si nous avons obtenu des avancées, les autorités du Kosovo-Métochie ont de façon provocatrice imposé la taxe contre nos produits. Nous voulons pour autant poursuivre le dialogue avec l’UE.


Actuellement, 5 pays ne reconnaissent pas le Kosovo, notamment l’Espagne. Mais il faudrait aussi que les autres pays de l’UE influencent les autorités du Kosovo pour les inciter à négocier.


Surtout, le Kosovo est vraiment un exemple sui generis pour les relations internationales. Son existence conduit à ce que l’on prenne en compte le fait que 50 000 personnes en Catalogne demandent l’indépendance.

 

Quelles coopérations ?

La Serbie doit vivre et continuer à se développer. Nous sommes ainsi en France pour attirer les investisseurs. La Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l’UE sans avoir accompli un tiers des réformes que la Serbie a mis en œuvre. Quant à Chypre, c’est aussi un exemple intéressant du fait de sa division par deux et de son intégration européenne. Il nous faut faire comprendre aux Etats membres de l’UE nos volontés ainsi que l’engagement de l’économie serbe.


Par ailleurs, la place de la France peut être prise par d’autres si on laisse faire, en témoigne le rachat de la mine d’or française par une compagnie chinoise. Alors même qu’il y a des gisements importants d’or et de marbre, aucune compagnie européenne ne s’est intéressée à ces richesses.


Quant à la Russie, ses investissements sont faibles, alors même qu’il existe envers eux une attente de longue date.
L’Allemagne et les Etats-Unis, eux, critiquent régulièrement la Serbie mais dans le même temps, leurs compagnies y investissent constamment. Mais c’est représentatif de la manière de faire américaine : ils critiquent, mais défendent aussi leurs intérêts quand ils sont en jeu. Ainsi, il n’est pas certains que les Etats-Unis auraient, comme la France, refusé la vente des Mistral.


Ce qui importe, c’est de se poser la question de ce qui est correct et juste. Ainsi, quid du gaz avec les gazoducs Southstream et Nordstream ? Pour le moment, la voie d’acheminement de gaz depuis le Moyen-Orient apparaît deux fois plus cher que le gaz russe… Pourtant, seuls deux compagnies croates (une nationale et une privée) ont signé et ce dans des proportions minimes. C’est pour cela qu’il nous faut des accords avec d’autres pays, pour vivre !

 

 

Quel statut aujourd’hui pour la Vojvodine ?

La Vojvodine est une province autonome, avec une souveraineté, une légitimité, une économie et une garantie pour les minorités. Le Parlement autonome y est librement élu et compte 120 députés. Il y a aussi un gouvernement.


La Vojvodine dispose d’un transfert financier important de la Serbie centrale ainsi que de son budget propre. Elle est donc la locomotive économique de la Serbie, ce qui lui permet un développement rapide.


La Vojvodine ne peut pas lever l’impôt mais a un budget indépendant voté chaque année par secteur. Il est calculé sur ce qui est prélevé sur les entreprises notamment.

Conférence d'Anna Gishkina • Конференция с Анна Гишкина

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Conférence de Jean-François Geneste • Конференция с Жан-Франсуа Женест
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