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Retour sur la conférence avec Benjamin Blanchard et Philippe Migault : Les politiques françaises et russes dans le conflit syrien

14 juin 2016

Pierre Gentillet : J’aimerai d’abord commencer par quelques mots d’introduction, afin de présenter le Cercle à ceux qui le découvriraient aujourd’hui. Le Cercle a pour ambition de mettre en avant le maximum de liens pour promouvoir l’amitié franco-russe. Nous organisons une conférence tous les mois, la dernière en date était celle d’Emmanuel Quidet, président de la CCI Franco-Russe qui d’ailleurs est récemment devenu un de nos membres d’honneur.

Cette conférence sur les politiques françaises et russes dans le conflit syrien est la dernière avant l’été et nous permettra de débattre avec Benjamin Blanchard, Directeur de SOS Chrétiens d’Orient ainsi que Philippe Migault, Directeur du Centre Européen d’Analyses Stratégiques, membre du CEMI-EHESS, spécialiste des questions diplomatiques, stratégiques et des conflits armés et industriels de l’armement. Le thème d’aujourd’hui sera donc plus centré sur un axe géopolitique.

Je vous rappelle rapidement le déroulé de la conférence : chaque intervenant va parler environ 20 minutes, puis nous laisserons place aux interpellations qui produiront des échanges et, je l’espère, des débats fructueux.

Avant de laisser la parole à nos invités, je me permettrai un bref mot introductif. J’ai eu la chance d’aller en Syrie, avec Alexandre Moustafa. J’y ai ressenti un grand sentiment de tristesse mais aussi de victoire, puisque le dernier jour du voyage, Palmyre était reprise. Je pense pour ma part que les politiques russes et français ont tout intérêt à converger dans cette zone. Pour moi, le Quai d’Orsay s’est trompé en Syrie, il suffit pour s’en convaincre de se souvenir des mots de Laurent Fabius : « Al Nostra a fait du bon boulot »… Aujourd’hui, il est évident que la France n’a pas de stratégie en Syrie et cela révèle avant tout une méconnaissance du terrain. Si on se plaçait dans l’intérêt de la France, au-delà du clivage Droite / Gauche, on soutiendrait tous les protagonistes qui luttent contre Daesh.

J’espère donc à travers cette conférence vous fournir des clefs de compréhensions pour un conflit très compliqué avec beaucoup de minorités.

Je laisse maintenant la parole à Philippe Migault et Benjamin Blanchard.

 

Philippe Migault : Pierre, avec son enthousiasme habituel, m’a demandé de parler des politiques françaises et syriennes dans le conflit syrien. Très patriote, en préparant le sujet, j’ai eu l’impression de dédaigner mon pays : mes conclusions amènent en effet toujours à penser que la France est soit dans l’incompréhension, soit dans l’erreur.

Au contraire, dans le cas syrien, on ne peut reprocher à la Russie de ne pas agir.

La 5e année de conflit se caractérise par une Russie accusée, parce qu’elle a dit que les Printemps Arabes ne finiraient pas bien mais donneraient naissance au chaos. Or, 5 ans après, à l’exception de la fragile réussite tunisienne, ce sont les plus pessimistes, les russes donc, qui avaient raison : en Egypte, on compte des milliers de morts par exemple et même en Tunisie, le tourisme est catastrophiquement en berne, empêchant le pays de fonctionner.

De même, le débat sur la compatibilité de l’Islam et de la Démocratie est aujourd’hui omniprésent, ce n’était pas le cas il y a 5 ans. Et ce débat, il trouve tout son sens dans le soutien sans faille des russes à Bachar Al Assad. Ce soutien, il s’illustre encore plus comme le contrecoup de l’affaire libyenne, où les russes se sont sentis trompés, car l’intervention est allée au-delà du mandat de l’ONU. En ce qui concerne l’Iran, on ne peut pas parler vraiment d’alliance, mais d’un partenariat, dans l’optique de stopper le wahhabisme. En effet, pour les russes, si la Syrie tombe, il en sera de même pour l’Iran.

Si vous comparez avec la stratégie française, on constate, avec le Livre Blanc, que la France ne désigne pas clairement l’ennemi. La Russie, elle, n’a pas ce genre d’hésitations. Pour elle, l’ennemi, c’est l’Islam Wahhabite qui sévit au Maghreb, au Machreck etc.

Autre différence entre la France et la Russie, en plus de la capacité à nommer l’ennemi, c’est la constance dans les positions et la capacité à établir une stratégie et plus encore, à s’y tenir. C’est une différence cruelle.

La politique russe se distingue 
par une conservation de l’initiative,
donc de l’avantage.

La politique russe se signale aussi par une conservation de l’initiative, donc de l’avantage. En 2011, ils sont les premiers à dire que les islamistes sont une menace. C’est aussi dès cette année qu’ils soutiennent Bachar Al Assad (dont le départ est aujourd’hui moins incontournable pour la politique française). En aout 2013, coup de théâtre, c’est le « massacre de la Ghouta », qui a fait, selon les estimations, entre 335 et 1700 morts, point culminant de la crise. C’est à ce moment-là que l’Europe et les Etats-Unis, France en tête, exige le départ de Bachar Al Assad. Seule la Russie persiste. Dans cette situation compliquée, elle propose une solution : le démantèlement de l’arsenal chimique syrien. La Grande-Bretagne est d’accord, puisqu’elle ne voulait pas frapper en Syrie, idem pour les Etats-Unis : la France se retrouve esseulée alors que la Russie tire une épine du pied de tous et s’assure dans le même temps du soutien israélien. C’est grâce à cette initiative que la Russie s’est imposée comme un acteur incontournable du conflit. Vient ensuite janvier 2015. Chez nous, c’est les attentats, au même moment, la Russie appelle à la constitution d’une grande alliance unie. Mais que faisons-nous ? Nous snobbons les russes. Le 28 septembre 2015, Poutine prend la parole, le 30, l’intervention russe est lancée. En France, on pense alors que la Russie va s’enliser et qu’ils ne frappent pas les bons. Force est pourtant de constater qu’ils ont repris Palmyre et que ce qu’on appelle la Syrie utile a été sauvée par leur action.

C’est donc un triple succès pour la Russie. Le succès est d’abord militaire, grâce au retournement de la situation sur le terrain. En effet, en 2015, Al Nostra était à deux doigts de faire une percée sur la mer, la Russie a sauvé la situation. Le succès militaire est aussi intérieur. Poutine avait engagé un coûteux et très lourd programme de modernisation des forces armées russes, l’action en Syrie a légitimé ces dépenses mais a aussi permis de prouver l’efficacité des nouveaux équipements. La guerre en Syrie a permis une véritable démonstration de toute la nouvelle panoplie (missiles sol-air, Soukhoï Su-34, Soukhoï Su-35…). En somme, la Syrie a été le terrain d’expérimentation et plus encore, d’un marketing « combat probant » qui a dopé les exportations en armement et permis de conclure de nombreux nouveaux contrats. Le succès est enfin diplomatique, puisqu’aux dernières élections américaines, on ne parlait pas de la Russie, alors qu’aujourd’hui, c’est un enjeu du débat entre Républicains et Démocrates. Il faut aussi noter que l’intervention en Syrie a propulsé Poutine dans les sondages : aujourd’hui, il recueille entre 85 % et 90 % d’opinions favorables !

La guerre en Syrie a permis une

véritable démonstration de toute la nouvelle panoplie

(missiles sol-air, Soukhoï Su-34, Soukhoï Su-35…).

En somme, la Syrie a été le terrain d’expérimentation

et plus encore, d’un marketing « combat probant »

qui a dopé les exportations en armement

et permis de conclure de nombreux contrats.

Ce qui est intéressant à constater, c’est qu’on a eu affaire à deux drames quasi simultanés : en octobre 2015, on dénombre 224 morts dans le Sinaï ; en novembre 2015, c’est le Bataclan. Dans les deux situations, nous avons affaire au même adversaire ! Honnêtement, quelle différence entre un « barbu » wahhabite du Djebel et un « barbu » wahhabite du Mali ? François Hollande se rend alors à Moscou, on pense que l’Union Sacrée est consacrée. En décembre, De Villiers rencontre son homologue. Et pourtant… Nous sommes en juin et toujours rien. Toutes les offres russes, qu’il s’agisse d’un partenariat dans le cadre de l’ONU ou d’une coopération bilatérale contre le wahhabisme (Al Nostra, Al Qaïda, EI…) ont été rejetées.

Bilan ? Aujourd’hui, les Etats-Unis sont toujours une grande puissance, il faudra plus que la crise syrienne pour les déloger de ce statut. La Russie, elle, a regagné son statut de grande puissance. Quant à la France, elle est seule. Nous sommes en effet prisonniers du carcan du politiquement correct qui nous empêche de nommer l’ennemi. Hier encore (assassinat de Magnanville NDLR), les responsables politiques n’ont pas voulu faire le lien, alors que nous sommes en plein Etat d’Urgence, que nous accueillons l’EURO 2016. On refuse toujours de nommer l’ennemi et de combattre cet ennemi avec ceux qui le combattent.

Toutes les offres russes,
qu’il s’agisse d’un partenariat dans le cadre de l’ONU
ou d’une coopération bilatérale
contre le wahhabisme (Al Nostra, Al Qaïda, EI…)
ont été rejetées par la France.

 

Benjamin Blanchard : Avant de commencer, j’aimerai juste souligner que cette invitation permettra au moins de confirmer le livre de Nicolas Henin sur les réseaux pro-russes !

Ce qu’il faut savoir sur la Syrie, c’est que malgré 5 ans de guerre, il y a une grande stabilité des politiques étrangères des différents protagonistes, bien que les Etats-Unis soient un peu plus flottants, puisqu’Obama n’a jamais choisi son camp. D’ailleurs, on pourrait presque regretter que la France ne soit pas plus indécise.

Sur la politique française, il y a peu à dire, étant donné qu’elle évolue peu. Néanmoins, il peut être utile de rappeler les origines de l’attitude françaises. Elle s’explique d’abord par l’inexistence des relations diplomatiques avec la Syrie qui a empêché toute coopération sécuritaire. La Syrie serait en effet prête à travailler de concert dans la lutte contre le terrorisme, mais à condition que la France s’engage à lutter efficacement contre le terrorisme, ce qui semble ne pas être le cas comme Philippe Migault l’a éclairé. Partant de là, la Syrie ne donne aucun de ses renseignements.

En 15 ans, on a constaté plusieurs changements de pied. La France a été un adversaire constant de la Syrie. Par exemple, Valéry Giscard d’Estaing m’expliquait ne s’y être même jamais rendu : il n’y avait pas de contact proche. La guerre du Liban a envenimé les choses. Les choses ont changé avec Chirac, qui cultivait une certaine proximité avec Rafiq Hariri, ce qui a permis une certaine détente avec Bachar Al Assad, jusque l’assassinat du premier ministre Libanais : les relations se sont alors à nouveau tendues. Autre oscillation, le 14 juillet, Sarkozy invite Bachar Al Assad. C’est ensuite le début de l’intervention qui n’est pas maximaliste : il n’y a pas de débat, Bachar doit rester. On est donc passé d’un extrême à l’autre en 15 ans de relations diplomatiques.

Ces changements sont difficilement compréhensibles par les Syriens. On pouvait espérer d’Ayrault qu’il soit plus raisonnable, malheureusement, force est de constater que le cabinet, lui, n’a pas changé. Il y a toujours un refus total de compréhension des arguments syriens.

Sur ce dossier, la France est pour une fois plus radicale que les Etats-Unis, plus au-devant de la scène, mais c’est négatif : nous avons, aujourd’hui, la position la plus maximaliste…

 

L'inexistence des relations diplomatiques avec la Syrie

a empêché toute coopération sécuritaire.

Il est intéressant de revenir sur les débuts de la crise pour mieux la comprendre. Les deux premières semaines sont marquées par des manifestations de masse qui laissent rapidement la place à l’insurrection. Beaucoup d’armes sont présentes sur le terrain. Cela pose question. En effet, comment cela est-il possible dans une dictature aux services de Renseignement Intérieurs importants ? Pourquoi tant d’armes et de groupes armés sur le terrain ? On peut l’expliquer par l’influence des pays du Golfe qui ont su détourner une partie de l’appareil d’Etat, notamment sa partie sécuritaire. La Guerre en Syrie, c’est donc une guerre civile, mais aussi une guerre régionale (d’autant plus qu’on constate l’intervention d’Israël sur le terrain).

Dans ce cadre, la politique russe a été d’une grande stabilité. Dès le début, les russes ont assuré leur soutien aux autorités légales syriennes. Les russes mènent en effet traditionnellement une politique légaliste qui n’aime pas favoriser les révolutions : leur soutien à Bachar Al Assad n’a donc rien d’étonnant.

Pour mieux comprendre, on peut se situer avec cette carte

La transformation en insurrection s’est faite d’abord dans les campagnes. C’est là que s’est actée la perte d’une partie du territoire. On peut constater aussi que si le territoire est morcelé, les différentes parcelles sont nettes, même s’il existe plusieurs enclaves.

La seconde bataille de Qousseir a conduit à ce que la ville soit complètement rasée. Après cela, l’Ouest de la Syrie, la frontière avec le Liban et avec le désert, ainsi que Damas ont été sécurisés. Les Syriens pensaient vite gagner la guerre. De juin 2014 à février 2015, le front est relativement stable. Puis, une percée initiée par l’Armée Arabe Syrienne et le Hezbollah réussit en une journée. De février 2015 à juillet 2015, c’est la déroute, dont la perte de Palmyre par l’Armée Arabe Syrienne est emblématique.

En janvier 2015, j’étais moi-même en Syrie, on me disait alors de tenir jusqu’en juillet, jusqu’à la signature de l’accord nucléaire iranien. En juillet donc, avec le député Poisson, en visite à Damas, on nous a clairement dit que militairement, l’accord était moyennement satisfaisant, que politiquement, c’était gagné et qu’un pont aérien Moscou-Lattaquié allait être mis en place.

La seconde bataille de Qousseir

a conduit à ce que la ville

soit complètement rasée.

L’engagement russe a permis en décembre 2015 de sécuriser la côté : Alep s’est trouvée dégagée par l’avancement Sud à l’Ouest (janvier 2016). Puis, il y a eu le cessez-le-feu, qui a été une véritable victoire diplomatique russe. Face à ce cessez-le-feu, la rébellion s’est divisée quant au comportement à adopter. Quant aux Etats-Unis, ils se sont trouvés face à leurs responsabilités. On ne peut pas être contre un cessez-le-feu, mais que faire des protagonistes autres qu’Al-Qaïda et l’EI ? Ils ont ainsi consenti à ce que, en cas de non désolidarisation, les russes soient en droit de les bombarder. C’était catastrophique pour l’Armée Arabe Syrienne, et une véritable victoire diplomatique pour les russes.

Depuis, le cessez-le-feu est toujours respecté par les moins radicaux et la Russie est plus massivement présente, avec des hélicoptères, des soldats à pieds, des chars… Ils ne s’enlisent pas du tout, comme en témoigne la prise de Palmyre pour la Pacques grégorienne et la prise d’al-Qaryatayn pour la Pacques Julienne. Les troupes ont ensuite continué à avancer de sorte qu’elles ne sont aujourd’hui plus qu’à 20 km du dernier verrou : Deir ez-Zor. Elles avancent aussi en direction de Raqqa, proche d’une base militaire (c’est donc fort symboliquement). Alep ne viendra sans doute qu’en tout dernier.

Pour l’anecdote, quand vous voulez vous rendre à Palmyre aujourd’hui, vous devez avoir l’autorisation de la sécurité militaire, des affaires étrangères, du Ministère de l’Intérieur et… de l’Ambassade de Russie. Cela montre bien l’importance de la Russie dans le dispositif de sécurité.

Face à ce cessez-le-feu,

la rébellion s’est divisée

quant au comportement à adopter.

Quant aux Etats-Unis,

ils se sont trouvés face à leurs responsabilités.

On ne peut pas être contre un cessez-le-feu,

mais que faire des protagonistes

autres qu’Al-Qaïda et l’EI ?

Du point de vue syrien, la population accueille plutôt bien la politique russe. L’intervention était en effet un soulagement pour l’armée syrienne. Ils se sentent soutenus diplomatiquement. Plus encore, l’arrivée de la Russie leur a permis de ne pas se retrouver seuls avec les iraniens, ultra-religieux au contraire des syriens. Ils craignaient le tête-à-tête avec des alliés encombrants pour l’avenir, l’arrivée de la Russie a détendu cet aspect de la situation.

Par ailleurs, il n’y a pas des millions de russes en Syrie, mais dans l’imaginaire collectif, ils sont nombreux. Partout où je me rendais, on me demandait si j’étais russe. C’est habile de la part de la Russie : la réalité paraît supérieure aux vrais moyens mis en œuvre.

 

Pour l’avenir, il est impossible de prévoir, mais il est certain que le conflit n’est pas entre les mains des syriens, mais des puissances étrangères et dans ce jeu, la France risque de ne pas avoir de voix, étant donné qu’elle n’est pas une puissance régionale là-bas, ni une puissance militaire. Il persiste également un problème avec l’hésitation américaine. Quant à l’Ouest de la Syrie, il est aujourd’hui complètement sous contrôle, il n’y plus aucune difficulté pour y voyager, je vous y invite d’ailleurs !

Le conflit n’est pas entre les mains des syriens,

mais des puissances étrangères

et dans ce jeu, la France risque de ne pas avoir de voix,

étant donné qu’elle n’est pas une puissance régionale là-bas,

ni une puissance militaire.

 

Pierre Gentillet : D’ailleurs, sur l’idée du « tourisme en Syrie », je vous souhaite d’aller à Damas comme cela a été mon cas. Je m’y suis senti plus en sécurité que dans certains quartiers de Paris… Les gens commencent à revivre : ils sortent, ils font la fête, nous avons vu beaucoup de jeunes, très occidentalisés d’ailleurs.

Pour ce qui est de la clef du conflit, je pense vraiment que l’essentiel du problème est diplomatique et pas seulement militaire. C’est clairement ce qui est ressorti de notre entretien avec Bachar Al Assad. Si l'interventionnisme venait à faiblir, la donne pourrait changer pour des groupes comme Al Nostra. Surtout, dans cette crise, la société civile a le rôle de mettre les politiques face à leurs responsabilités.

Quand j’étais à Damas, une autre chose m’a frappé : dans les rues on voit trois portraits, ceux d’Assad, de Poutine et de Nasrallah. (Benjamin Blanchard : ce dernier est très apprécié parce qu’il a été le premier à intervenir)

Ce que nous devons voir en premier, c’est l’intérêt de la France, qui passe par une stabilisation du pays, qui ne peut se faire sans Bachar Al Assad.

Sur ce sujet, Thierry Mariani me disait d’ailleurs un jour : « La diplomatie, ce n’est pas choisir entre deux solutions, une bonne et une mauvaise, c’est bien plus souvent avoir le choix entre deux mauvaises solutions, mais être assez habile pour choisir la moins mauvaise. ».

 

Questions du public :

 

Si on s’appuie sur la distinction de Karl Schmitt, sans tomber dans le risque de désignation narcissique, on pourrait admettre que le nationalisme amène au rationalisme. Poutine est un réaliste, mais en France, reste-il des réalistes ? Et pour nuancer un peu, quid du messianisme orthodoxe à l’heure de la Bulgarie ? Assiste-on à un retour au Westphalisme ?

Philippe Migault : Il reste des réalistes, plus au Ministère de la Défense qu’au Quai d’Orsay, mais ils sont condamnés à l’inaction et au silence.

 

Quels sont les intérêts d’Israël en Syrie ? Est-il question de bombarder le Hezbollah sans soutien à Daesh ?

Benjamin Blanchard : Leur action est difficile à comprendre. Ils visent d’ailleurs aussi l’Armée Arabe Syrienne et occupent le Golan.

Philippe Migault : Ils privilégient les sunnites aux chiites.

 

 

Pour la zone en lien avec la Turquie, quels changements de position sont envisagés ?

Philippe Migault : Les pressions russes comme américaines sont limitées.

 

Le soutien russe à Bachar Al Assad est-il infaillible ? En off n’envisage-t-on pas l’après Bachar ? Son départ n’est-il pas envisagé sur le moyen terme ? Et, autre question, n’y a-t-il pas une répartition implicite du travail entre russes et américains ?

Philippe Migault : De facto, il y a répartition des tâches. L’Irak et l’Est-Syrien est pour les Occidentaux, la Syrie est pour la Russie. Le Drian lui-même a reconnu que les plus fréquemment frappés par la Russie était l’EI et dans ce cadre, agir dans un cadre interarmées serait plus intelligent.

Quant à Poutine, il est rarement chaleureux avec qui que ce soit. Tout ce qui compte, c’est l’intérêt des russes, Bachar n’est jamais indéboulonnable dans l’esprit des russes.

Benjamin Blanchard : Notez aussi que dans le cas kurde, les russes ont résolu le conflit en faisant de la diplomatie et en « forgeant des accords » menant à la coopération. Sur l’accord sur le fédéralisme, on remarque bien que le PKK n’est pas si proche des Etats-Unis et que même le PYG ne demande pas l’indépendance, juste l’autonomie.

 

La récente déclaration de Clinton dénonçant le soutien de l’Arabie Saoudite au terrorisme international n’augure-t-il pas d’un retournement de veste croissant ?

Philippe Migault : Ce n’est pas Clémenceau qui disait : « On ne ment jamais tant qu’avant les élections, pendant la guerre et après la chasse » ? Elle surfe sur le massacre d’Orlondo.

 

Dans son discours, Assad ne semble pas du tout envisager le fédéralisme, qu’en est-il ?

Benjamin Blanchard : Ayons en tête la démographie syrienne : ils sont 4 millions hors du pays et 7 millions regroupés à Damas ! Assakié est aussi désertifiée par les non-kurdes pour qui il devenait trop dur d’y vivre.

 

La rumeur du pipeline et de l’intervention de l’Arabie Saoudite et du Qatar est-elle une explication satisfaisante de la guerre ? L’endettement de la France vis-à-vis de l’Arabie Saoudite n’a-t-il pas une influence sur sa position en Syrie ?

Philippe Migault : Le projet de gazoduc a bel et bien existé, Bachar l’a refusé. Ce ne serait pas la première fois qu’une guerre éclate pour cette raison (souvenez-vous de la pax talibana)… Ce n’est pas l’explication principale, mais ça entre en ligne de compte.

 

Pierre Gentillet : Avant de clore cette conférence, permettez-moi de vous remercier pour ce beau bilan. Le Cercle a été créé en décembre, nous avons déjà fait 6 conférences, chaque fois avec des salles blindées. Merci beaucoup pour votre fidélité. Ce que nous espérons maintenant, c’est continuer et progresser et nous vous donnons rendez-vous dès la rentrée !

Conférence d'Anna Gishkina • Конференция с Анна Гишкина

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Conférence de Jean-François Geneste • Конференция с Жан-Франсуа Женест
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