Le cercle Pouchkine a vocation à contribuer au rapprochement entre la France et la Russie notamment en favorisant un dialogue efficace au sein de la société civile entre les jeunes pousses issues des milieux politiques, économiques, associatifs et culturels.

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Пушкинский клуб призван содействовать сближению между Францией и Россией путём организации эффективного диалога внутри гражданского общества: среди молодых предпринимателей, принадлежащих различным политическим, экономическим,  культурным кругам обеих стран.

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Retour sur la conférence avec Philippe Pegorier : Alstom et la Russie 

04 janvier 2016

Ce que j’essaie de faire à Moscou, c’est un pont, car j’ai travaillé à la fois dans le public et le privé, en Russie et en Ukraine, ce qui est aujourd’hui intéressant. J’étais là le jour de l’indépendance, alors que personne n’imaginait que la Rada voterait l’indépendance. J’ai aussi été assez longuement en cabinet. Ce que j’essaie de faire aujourd’hui c’est de maintenir les relations avec les autorités ainsi que la confiance, alors qu’il y a crise avec les deux autorités. Nous devons maintenir la confiance entre la France et la Russie.

Quand le politique a ses raisons — l’affaire de Crimée a surpris tout le monde — le business subit les répercussions. Mais il faut aussi voir les conséquences du non-respect des règles sur le business. Le business n’a jamais été si complexifié. Autrefois, c’était bien plus aisé, car il y avait un responsable par branche, bien identifié. C’est pour ça que l’URSS était le pays avec le meilleur risque au sens des assurances. Et c’est aussi dans cette compréhension que Gorbatchev peut être présenté comme le seul chef d’État à avoir fait passer son pays de catégorie 1 à 4 au sens du risque assuranciel.

 

Pierre Gentillet — Quel rapport entretenez-vous avec les autorités russes ?

L’affaire de Crimée a conduit au sacrifice d’une partie du business. Nous avons joué notre rôle de lanceurs d’alertes, en disant « c’est une mauvaise idée, il vaut mieux discuter », car c’était une leçon que nous avait enseignée la Géorgie. Ça n’empêche que la France a tout de même eu une place majeure dans la résolution du conflit, malgré la venue tardive de François Hollande.

 

Pierre Gentillet — Comment les entreprises ont-elles perçu les sanctions ?

On avait prévenu de l’inopportunité des sanctions. Elles ont conduit à une hausse de 50 % de la bourse de Moscou et à une baisse de 5 à 6 % de l’inflation russe. Le Rouble s’est apprécié. En réalité, les entreprises font une seule chose dans ces circonstances : elles s’adaptent. Les sanctions n’étant pas un domaine communautaire, la Commission européenne n’y est pour rien. C’est le département d’action extérieure, le Conseil européen et le COREPER qui ont initié cette décision. Et les entreprises restent sujettes au droit national, pas au droit communautaire. La commission, par contre, a des responsabilités dans la politique énergétique. Les entreprises françaises ont été clairement touchées, notamment celles du complexe militaro-industriel. Mais pour le reste, il y eu tout de même réflexion pour ne pas trop impacter. La vie continue. Cela fait deux ans et l’idée apparaît clairement que les pays européens, même ceux qui sont contre — ces pays d’Europe du Sud opposés au comportement des pays du Nord, qui sont favorables aux sanctions à Bruxelles, mais contre ailleurs — ne reviendront pas sur les sanctions.

 

Pierre Gentillet – Les sanctions vont-elles durer ?

Oui, les entreprises n’attendront pas de toute façon. Elles voient vers l’avenir. Il faut trouver des solutions pour mettre un terme à ces sanctions, mais des solutions, il n’y en a pas : quel que soit le futur président de la République, rien ne sera fait unilatéralement, il faudra un cadre européen. Or, la cohésion européenne est plus importante. Il faut arriver à des consensus pour infléchir la position parce que toute l’Europe est basée sur le consensus et tout ce qui importe c’est la cohésion européenne, d’autant plus que le commerce intra-européen est très important. De toute façon, les sanctions ne gênent plus grand monde, tout le monde s’adapte. Total passe ainsi par une banque chinoise désormais. La Russie elle-même s’est parfaitement adaptée, en développant son agriculture alors que l’adhésion à l’OMC de ce secteur avait été mal négociée.

Pierre Gentillet – C’est ce que nous avait dit Xavier Moreau lors de la première conférence sur l’économie russe.

La Russie en a fini d’être un pays pétrolier qui achetait tout : la méthode de travail russe a changé. Les produits russes sont maintenant beaucoup plus nombreux et la production est plus localisée (70 à 80 %). Les importations ne sont plus que résiduelles. On se passe aussi des autorités françaises et on ne passe plus par les entreprises. Or, les autorités russes sont à la fois faciles et difficiles d’accès. La hiérarchie est difficile à brise, mais les forums économiques organisés en Russie résolvent ce problème.

 

Pierre Gentillet — Quels sont les futurs ou actuels projets d’Alstom ?

Nous allons d’abord approfondir notre partenariat majoritaire avec TMH. Depuis 1975, nous avons 3 clients en Russie. Avec eux, nous développons deux nouveaux modèles de locomotives (une de passagers et une de fret).

 

Pierre Gentillet – Vous êtes président d’Alstom depuis 2011, quel écho avez-vous eu quant aux répercussions des années 1990 en Russie ?

Je peux difficilement répondre. Ce que je peux faire remarquer, par contre, c’est une anecdote qui laisse songeur : on a réussi à faire la paire entre Helsinki et Saint-Pétersbourg, ce qui était un défi spécifique. Comme les circuits avaient été construits au même moment, l’écartement des rails était similaire. En revanche, l’électrification était différente, puisque pas réalisée au même moment. Nous avons réussi à mettre au point un système de double-courant changeant sans arrêt nécessaire.

 

Alexandre Moustafa – À part le lobby agricole russe, d’autres forces économiques sont-elles en faveur du maintien des sanctions en Russie ?

Pour comprendre, il faut remonter à bien avant les sanctions. Le lobby a incité au non-respect des règles de l’OMC et ce bien avant les sanctions ! Aujourd’hui, les agriculteurs ne travaillent plus de la même façon. On trouve maintenant des produits russes. L’après-sanction ne marquera donc pas de différence. Elles ont développé de nouveaux marchés. Par exemple, une de nos sociétés partenaires a importé des chèvres et tout le matériel nécessaire à la transformation du lait dans l’Oural. Les cartes ont été redistribuées, mais ce n’est pas le fait seulement des sanctions auxquelles il ne faut pas accorder trop d’importance. Notez ainsi que la Banque Centrale russe n’intervient pas en cas de baisse du Rouble, alors qu’elle le fait en cas de hausse. Le ministère de l’industrie russe a mis en place tout un processus administratif, mais c’est bien la Banque Centrale qui a fait le plus pour favoriser la localisation de la production en Russie.

 

Questions du public :

 

Quel a été l’impact des sanctions au niveau bancaire ?

Pour financer ses projets, TOTAL a remplacé sa banque européenne par des banques asiatiques.

De même, certaines banques régionales allemandes sont très actives en Russie parce qu’elles le sont moins aux États-Unis. Les banques françaises quant à elles essaient de faire baisser leur portefeuille de risque, mais le processus de renouvellement n’est pas encore véritablement enclenché.

 

Quel partenariat Alstom a-t-il établi en Russie ?

Notre principal partenariat, TMH, qui représente 34 % du capital est un partenariat de co-working. Ensemble, nous avons investi pour le développement de deux nouveaux modèles de locomotives. Nous avons œuvré à la « winterisation » pour respecter les conditions de l’hiver. Le défi était de faire rouler des trains par -40 °C. Il a fallu plus écarter les voies, car la glace est comme un boulet de canon lancé sur un train. Il a fallu mettre au point une technologie de réchauffement, ce qui est la spécialité de notre partenaire. Le but est d’aller plus loin encore dans la coopération. Nous avons fondé des équipes avec TMH et nous sommes déjà à 34 % de participation au capital.

 

L’application des sanctions américaines est assurée par l’OFAC. Existe-t-il un équivalent européen pour surveiller et contraindre les sociétés ?

Non, mais chaque pays à son office dédié. Il n’y a pas de système centralisé européen. Ces affaires sont coordonnées au niveau européen, mais chaque pays est responsable de l’information de ses entreprises, qui sont par ailleurs redevables du droit national en cas de non-respect. Mais il suffit d’importer par une filière chinoise pour ne plus être concerné par les sanctions !

 

Les oligarques ont-ils subi les sanctions ? Cela a-t-il rendu nécessaire la coopération entre eux ?

Certains ont été touchés, d’autres non, mais ça ne les a pas affectés. Dans tous les cas, ils ne travaillent pas tellement entre eux. En revanche, la desoffshorisation les a touchés lorsqu’ils ont dû opérer des rapatriements de capitaux. Ce n’était pas forcément de l’argent sale, mais souvent de la simple optimisation fiscale. Ils y ont été beaucoup incités par la caution infligée par le FMI à Chypre.

 

Je terminerai en disant que le plus important si vous voulez aller en Russie et y travailler, c’est de parler russe. Je suis un des seuls chefs d’entreprise à parler russe. J’ai commencé à 10 (et je n’étais ni d’origine russe ni communiste). Mais il faut faire l’investissement, quand bien même c’est une discipline difficile. Tournez-vous vers l’institut Pouchkine. Cette langue souffre d’un moindre enseignement, mais elle a été le fil rouge de ma carrière, à commencer par mon entretien d’entrée à KEDGE où j’ai expliqué que je voulais intégrer cette école pour faire plus tard du commerce avec l’URSS.

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