Le rendez-vous est fixé dans un café tranquille du quatrième arrondissement parisien, à deux pas de la Cinémathèque. Sophie Marchand arrive en avance avec un agenda noir corné et trois revues sous le bras : le dernier numéro des Cahiers du Cinéma, un exemplaire de Positif et un programme de festival imprimé sur papier mat. Elle s’excuse de ne pas avoir éteint son téléphone — elle attend un appel de Saint-Pétersbourg pour confirmer une projection-débat. Sa façon de saluer est précise, presque sèche, mais l’œil sourit ; on devine immédiatement quelqu’un qui aime ce dont elle parle sans jamais s’autoriser à le flatter.
Il fallait l’interroger. Depuis 2020, le cinéma russe et est-européen est revenu à Pouchkine avec une régularité que la décennie précédente n’avait pas connue. Six adaptations notables, plusieurs captations d’opéra, un projet majeur d’Alexandre Sokourov en post-production : la cartographie est dense, parfois confuse, et le lecteur francophone peine à s’y retrouver. Sophie Marchand fait précisément ce travail de cartographie depuis vingt-deux ans, dans les pages des deux grandes revues françaises de cinéma et lors de festivals internationaux.
Pendant deux heures, autour d’un café qui a refroidi sans qu’elle s’en aperçoive, elle a sorti son agenda, comparé des plans, lu des séquences de l’œil et tranché — toujours en argumentant, jamais en flattant. Voici l’entretien, légèrement resserré pour la publication, où l’on entre dans le détail de six films récents et où l’on découvre comment Pouchkine revient — ou ne revient pas — à l’image en 2026.
Sophie Marchand
Critique de cinéma indépendante, spécialisée cinéma slave
Sophie Marchand contribue aux Cahiers du Cinéma et à Positif depuis 2008. Spécialisée dans le cinéma russe, polonais, tchèque et hongrois, elle suit les adaptations littéraires d'Europe de l'Est depuis vingt-deux ans et donne régulièrement des cours d'analyse filmique à l'INALCO et à la Sorbonne Nouvelle.
Portrait éditorial — synthèse des entretiens et de l'état de l'art.
Pourquoi un retour à Pouchkine au cinéma en 2020-2026
Claire : Six adaptations notables en six ans, c'est beaucoup pour un auteur qui semblait sorti du répertoire cinématographique russe depuis Tarkovski et Mikhalkov. Comment expliquez-vous ce retour ?
Sophie : Ce qui est intéressant ici, c'est que le retour à Pouchkine ne vient pas d'une commande étatique unique mais d'une convergence de signaux. D'abord, le bicentenaire d'Eugène Onéguine en 2025 — les premiers chapitres publiés en 1825 — a déclenché un calendrier éditorial qui s'accompagne presque toujours de productions audiovisuelles. Ensuite, les studios russes ont besoin de patrimoine littéraire reconnaissable pour des projets qui voyagent à l'international : Tolstoï est très adapté, Tchekhov saturé, Dostoïevski terriblement coûteux à monter, et Pouchkine offre des récits courts, des personnages forts, une iconographie nationale immédiatement lisible.Il faut bien voir que la décennie 2010-2020 a été dominée par les blockbusters historiques — Stalingrad de Bondartchouk en 2013, T-34 en 2018 — qui ont épuisé la formule du grand spectacle militaire. Les producteurs cherchent une formule moins coûteuse, plus prestigieuse, et Pouchkine remplit ce cahier des charges. Techniquement, ce sont des récits qui se filment avec un budget moyen, sans effets spéciaux lourds. C’est aussi pourquoi notre analyse complète d’Eugène Onéguine, l’âme russe en vers reste un repère utile pour comprendre les choix narratifs de 2024.
Enfin, et c’est moins évoqué, il y a une dimension culturelle interne : les jeunes cinéastes russes qui sortent des écoles entre 2015 et 2020 ont grandi avec un Pouchkine scolaire massif, ils veulent à la fois s’en émanciper et le reprendre à leur compte. C’est exactement le mouvement que faisait la Nouvelle Vague française avec ses pères littéraires dans les années soixante.
L’Onéguine de Sarik Andreasyan (2024) : réussite ou trahison ?
Claire : L'Onéguine de Sarik Andreasyan a divisé la critique russe en deux camps. Vous-même, dans Positif, avez salué l'ambition tout en pointant des libertés narratives importantes. Où se trouve l'équilibre ?
Sophie : Andreasyan, en 2024, a tenté quelque chose que personne n'avait osé depuis Martha Fiennes en 1999 : porter Onéguine à l'écran en gardant la mémoire des vers sans les imposer. Techniquement, il y parvient en faisant alterner des scènes muettes — la lettre de Tatiana, la rencontre au bal, le duel — avec des passages où une voix off lit en russe les strophes pouchkiniennes pendant que la caméra glisse sur des plans larges. Regardez ce plan d'ouverture sur la campagne enneigée, soixante secondes sans dialogue, juste le bruit des sabots et la voix off qui récite : c'est de la prosodie filmée, au sens strict.Le problème, et c’est là que la critique russe s’est divisée, c’est le traitement de Tatiana. Andreasyan a écrit une Tatiana plus moderne, plus active, plus consciente politiquement, qui décide de son mariage avec le général comme un acte d’émancipation et non comme une résignation. Pouchkine, lui, écrit une Tatiana qui reste fidèle par devoir tout en aimant encore Onéguine — c’est la beauté tragique du dernier chapitre. Andreasyan refuse cette ambiguïté. Je suis frappée par le fait qu’il ait pris ce risque, mais il faut bien voir que cela transforme la fable.
Sur les choix d’acteurs, en revanche, le film est une réussite : Liza Boyarskaya en Tatiana est étonnante, l’Onéguine de Viktor Dobronravov a la lassitude pétersbourgeoise exacte. Les costumes de la décoratrice Olga Tichkine évitent le piège du carton-pâte impérial. Et la musique de Vladimir Mikheev cite Tchaïkovski sans le pasticher. Bilan : pour moi, Andreasyan signe l’adaptation russophone la plus ambitieuse de la décennie, malgré ses libertés. Pour comprendre le visage de Pouchkine en peinture et au cinéma et la généalogie iconographique de ces choix, il faut remonter au portrait de Kiprenski en 1827 et aux gravures du XIXᵉ.
Le Boris Godounov d’Alexandre Sokourov : un projet en cours
Claire : Alexandre Sokourov a annoncé un Boris Godounov en 2022. Quatre ans plus tard, le film est toujours en post-production. Que sait-on aujourd'hui de ce projet ?
Sophie : Techniquement parlant, Sokourov travaille sur ce projet depuis 2018 — bien avant l'annonce publique. Il a accumulé environ deux cents heures de rushs entre 2020 et 2023, principalement dans les sites historiques du Kremlin, à Souzdal et dans la région de Pskov. Le montage en cours, dont quelques séquences ont été projetées à des festivals confidentiels — Locarno 2024 hors compétition, Pesaro 2025 — suggère un film d'environ trois heures, en plans-séquences caractéristiques de l'auteur de Russkii Kovtcheg.Ce qui est intéressant, c’est que Sokourov n’adapte pas seulement le drame Boris Godounov, drame historique de Pouchkine, mais y mêle des fragments de la chronique de Karamzine et des notes de la cour de l’époque. Le projet est philologique autant que cinématographique : il propose de relire la pièce de 1825 à travers les sources historiques que Pouchkine lui-même consultait. C’est exactement la méthode que Sokourov avait employée dans Faust en 2011, avec Goethe et le Faustbuch.
Sur les choix musicaux, et c’est lié à la question suivante, Sokourov a écarté l’opéra de Moussorgski au profit de chants liturgiques orthodoxes et de fragments instrumentaux composés par Andreï Sigle. Cela peut paraître provocateur : pour les amateurs d’opéra, voir Moussorgski et l’opéra Boris Godounov est presque indissociable du texte. Sokourov assume cette dissociation. Il faut bien voir que sa méthode consiste systématiquement à séparer ce que la tradition a soudé. Sortie prévue en 2027, peut-être 2028.
Le Cavalier de bronze et les adaptations animées
Claire : Le studio Soyouzmoultfilm a sorti en 2022 un court métrage d'animation du Cavalier de bronze. Qu'est-ce qui justifie le passage à l'animation pour ce poème de 1833 ?
Sophie : L'animation, pour Pouchkine, n'est pas une trahison : c'est presque une fidélité. Le Cavalier de bronze raconte une statue qui s'anime et poursuit le malheureux Evgueni dans Saint-Pétersbourg inondé. C'est une scène littéralement surnaturelle, et le live action a toujours échoué à la rendre crédible — voir l'adaptation soviétique de 1953 qui devient involontairement comique au moment de la poursuite.Le court métrage de 2022, signé par la réalisatrice Maria Solovieva, dure vingt-deux minutes, utilise une technique mixte : aquarelle numérique pour les scènes diurnes, dessin au fusain animé pour la nuit du déluge et de la poursuite. Regardez ce plan, à la huitième minute, où la statue se détache du socle : c’est un plan-séquence dessiné à la main, sans rotoscopie, ce qui est rarissime aujourd’hui. La voix off, en russe puis en sous-titres français au festival d’Annecy 2023, alterne le récit de Pouchkine avec des silences chargés de pluie et de vent.
Le succès critique a été considérable — prix à Annecy, sélection à Sundance Animation — et les producteurs préparent désormais un long métrage d’animation à partir de Rouslan et Lioudmila, prévu pour 2027. C’est un signal important : le studio russe redevient un pôle d’animation expérimentale comme il l’avait été dans les années cinquante et soixante. Pour ceux qui découvrent le poème de 1833, notre dossier sur Le Cavalier de bronze de Saint-Pétersbourg offre le contexte historique du déluge de 1824 et de la composition pouchkinienne.

Adaptations à l’étranger : voies polonaise et britannique
Claire : Pouchkine n'est pas adapté qu'en Russie. La Pologne, la Grande-Bretagne ont aussi leurs versions récentes. Qu'apportent ces lectures venues d'ailleurs ?
Sophie : Prenez par exemple le téléfilm polonais produit par TVP en 2023, Eugeniusz Oniegin, réalisé par Małgorzata Szumowska. Quatre-vingt-dix minutes, tourné en grande partie en Mazurie, qui transpose le roman dans la noblesse polonaise du XIXᵉ siècle. Ce n'est pas une trahison : c'est une lecture critique. Szumowska montre comment l'aristocratie polonaise lisait Pouchkine au moment même où l'Empire russe écrasait l'insurrection de 1830-1831. Le film devient une réflexion sur la circulation d'une œuvre dans des géographies politiques antagonistes. C'est exactement le genre de geste que le cinéma russe lui-même ne peut pas faire en 2026.Côté britannique, on a eu en 2022 un téléfilm BBC, La Dame de pique, réalisé par Lucy Forbes, qui ressort le conte fantastique de 1833 dans le Londres édouardien. Adaptation très libre, qui surjoue le suspens et abandonne le décor pétersbourgeois. Pour moi — et je parle ici sans concession — c’est élégant mais oubliable. Techniquement bien fait, jamais saisissant. Comparé à l’adaptation de Mikhail Romm en 1916 ou à celle de Thorold Dickinson en 1949, c’est en retrait. Pour qui veut redécouvrir le texte source, notre analyse de La Dame de pique, conte fantastique 1833 demeure la porte d’entrée la plus claire.
Le projet le plus prometteur hors Russie, à mon sens, c’est l’Onéguine norvégien de Joachim Trier annoncé pour 2027 — celui qui a fait La Pire Personne du monde. Trier propose une adaptation en deux temps : la fable pouchkinienne en costume d’époque, puis un miroir contemporain à Oslo, avec les mêmes personnages transposés en 2027. C’est un dispositif intelligent qui évite à la fois la trahison libérale et l’illustration scolaire.
Le défi de filmer un poème en vers
Claire : Vous évoquez la prosodie. Comment un cinéaste s'y prend-il pour filmer un texte écrit en tétramètre iambique, alors que le cinéma est par nature en prose ?
Sophie : C'est la question fondamentale du genre. Le cinéma a deux options et chacune entraîne un coût. Première option : conserver les vers, soit en voix off, soit en dialogues récités. Le risque, c'est l'effet « théâtre filmé » qui plombe énormément d'adaptations littéraires des années 1970-1980. La voix off bien employée — comme dans le Bresson de Pickpocket — peut éviter ce piège, mais il faut une rigueur de découpage extrême.Deuxième option : abandonner les vers, transposer en dialogues prosaïques, et traduire le rythme par d’autres moyens cinématographiques : durée des plans, articulation des séquences, motifs visuels récurrents. C’est l’option que défendait André Bazin théoriquement et qu’a pratiquée Sergueï Bondartchouk dans son Guerre et Paix de 1966-1967, où il ne tente jamais d’imiter la phrase tolstoïenne mais en restitue le mouvement par le découpage.
Techniquement, ce que je trouve le plus intéressant dans l’Onéguine d’Andreasyan, c’est qu’il combine les deux options : voix off pour les digressions et les passages lyriques, dialogues prosaïques pour les scènes interpersonnelles. Le résultat n’est pas toujours homogène — il y a des coutures visibles — mais c’est une expérience qui vaut. Sokourov, lui, pratique la deuxième option de façon plus pure : pas de vers récités, mais une grammaire du plan qui prolonge la grammaire poétique. Les deux approches sont défendables ; aucune n’est pleinement satisfaisante.
Acteurs et accents : un débat russe contemporain
Claire : Une polémique a agité la presse russe en 2024 sur le choix des acteurs et leur diction pouchkinienne. Pourriez-vous nous éclairer sur ce débat ?
Sophie : Le débat est presque exclusivement russe, mais il révèle quelque chose d'universel sur la fidélité. Au moment de la sortie de l'Onéguine d'Andreasyan, plusieurs critiques moscovites ont reproché à Viktor Dobronravov un accent contemporain — phrasé un peu rapide, attaque des consonnes molle — qui ne correspondait pas, selon eux, à l'élocution aristocratique du début XIXᵉ.Techniquement, le reproche est légitime : la phonétique russe a évolué entre 1820 et 2025, certaines voyelles atones se sont fermées, le rythme des fins de phrase a changé. Mais réclamer une diction historiquement reconstituée, comme certains professeurs de l’École Vakhtangov, c’est probablement une demande impossible : nous n’avons aucun enregistrement de Pouchkine, et les manuels de diction du XIXᵉ siècle sont prescriptifs, pas descriptifs.
Ce qui est intéressant, c’est que le débat traverse aussi le théâtre — au Maly de Saint-Pétersbourg, la troupe a fait il y a peu un travail considérable de reconstitution prosodique pour son Onéguine de scène — et qu’il n’a aucun équivalent dans les autres pays. Personne ne se demande comment Voltaire prononçait son français en 1755. Cela révèle une particularité russe : Pouchkine est tellement central au sentiment national que sa phonétique elle-même devient un enjeu politique.
La musique des bandes originales
Claire : La musique joue un rôle particulier dans les adaptations de Pouchkine, ne serait-ce que parce que Tchaïkovski et Moussorgski ont posé une référence presque inévitable. Comment les compositeurs contemporains s'en sortent-ils ?
Sophie : Trois stratégies coexistent. La première est citationnelle : le compositeur intègre des fragments de Tchaïkovski ou de Moussorgski sans les pasticher, comme des références historiques. C'est ce que fait Vladimir Mikheev dans l'Onéguine de 2024, avec quatre courtes citations de l'opéra de Tchaïkovski qui surgissent à des moments stratégiques — la lettre, le duel, le bal final. Cela fonctionne parce que ces citations sont assumées comme citations, pas comme arrière-plan.La deuxième stratégie est d’éviction : on refuse l’héritage opéra et on compose un score original sans aucune référence aux versions canoniques. C’est le choix d’Andreï Sigle pour le Boris Godounov de Sokourov. Le résultat, d’après les fragments qu’on a entendus, est austère, minéral, presque liturgique — un contre-pied complet à l’opulence orchestrale moussorgskienne.
La troisième stratégie est néo-classique : composer une musique qui dialogue avec le XIXᵉ russe mais propose une voix propre. C’est ce que tente la jeune compositrice Anna Korotaeva sur la mini-série La Fille du capitaine de 2023. Korotaeva utilise des instruments anciens — gusli, accordéon diatonique, balalaïka basse — dans une écriture moderne, post-minimaliste. Le pari est risqué mais payant : la musique ne pastiche pas le XIXᵉ et ne s’oppose pas non plus à lui. Pour les amateurs d’opéra filmé, la dernière production Mariinsky 2025 de l’Onéguine de Tchaïkovski mérite un détour, malgré quelques choix de mise en scène contestables.

Cinq questions rapides — votre top 5 d’adaptations
Claire : Votre top 5 d'adaptations cinématographiques de Pouchkine, toutes époques confondues, en quelques mots chacune ?
Sophie :1. Onéguine de Martha Fiennes (1999). Adaptation britannique avec Ralph Fiennes et Liv Tyler. Lente, méditative, magnifiquement photographiée. La plus pouchkinienne dans le tempo.
2. La Dame de pique de Thorold Dickinson (1949). Un chef-d’œuvre du fantastique britannique, avec Anton Walbrook impérial en Hermann. Découpage exemplaire de la séquence des cartes.
3. Onéguine de Sarik Andreasyan (2024). Ambitieux, inégal, mais c’est la tentative russe la plus sérieuse depuis Mikhalkov.
4. Boris Godounov de Sergueï Bondartchouk (1986). Adaptation soviétique tardive, classicisme assumé, distribution exceptionnelle.
5. Le Cavalier de bronze de Maria Solovieva (2022). Vingt-deux minutes d’animation qui valent une heure et demie de live action.
Mention spéciale au Boris Godounov d’opéra signé Andrzej Żuławski au Bastille en 1994, captation rééditée en 2024.
Conseils aux cinéphiles francophones
Claire : Pour finir, un conseil aux cinéphiles francophones qui voudraient se lancer dans la découverte des adaptations de Pouchkine ?
Sophie : D'abord, lisez le texte avant de voir le film. Ce n'est pas une recommandation moralisante : c'est une question de plaisir cinématographique. On voit beaucoup mieux un Onéguine quand on connaît la structure du roman en vers, parce qu'alors on perçoit ce que le film fait ou ne fait pas du dispositif narratif pouchkinien.Deuxièmement, ne commencez pas par les adaptations russes des années cinquante. Elles sont historiquement importantes mais souvent didactiques, lourdes en costumes. Commencez par l’Onéguine de Martha Fiennes (1999), qui offre une porte d’entrée occidentale élégante, puis enchaînez avec Andreasyan (2024) pour voir comment la Russie contemporaine se réapproprie ses classiques.
Troisièmement, ne snobez pas l’opéra filmé. Les captations Bolchoï et Mariinsky disponibles en DVD ou sur les plateformes spécialisées sont d’excellentes complémentations cinéphiles. L’Onéguine de Tchaïkovski et le Boris Godounov de Moussorgski ne sont pas du Pouchkine fidèle, mais ils ont façonné l’imaginaire visuel des adaptations qui ont suivi. Vous ne comprendrez pas pourquoi Sokourov évite Moussorgski si vous ne savez pas ce que Moussorgski a fait du sujet en 1869.
Enfin, gardez l’œil critique. Aucune adaptation n’est définitive. Pouchkine attendra. Et le cinéma continue de chercher comment lui rendre justice, ce qui est très bien : un classique qu’on n’adapterait plus serait un classique mort. Pouchkine, lui, est très vivant — comme le confirme le rythme actuel des sorties, qu’il s’agisse de cinéma, d’opéra filmé ou des productions de scène. Pour prolonger la réflexion, le panorama de l’œuvre poétique de Pouchkine et notre dossier sur le duel et la mort du poète éclairent les arrière-plans biographiques que les films de 2020-2026 reprennent à leur compte.