Le poète et ses muses : voilà un binôme romantique qui a longtemps servi de paravent à la curiosité indiscrète. Dresser le panorama des femmes qui ont compté dans la vie d’Alexandre Pouchkine n’est pourtant pas un exercice de chronique mondaine. C’est une lecture de l’œuvre par ses points d’incandescence : chaque grand poème lyrique, chaque élégie d’Odessa, chaque strophe d’« Eugène Onéguine » porte la signature d’une silhouette précise, identifiable, datée.

Le poète lui-même a tenu une comptabilité ironique de ses passions. En mai 1829, dans l’album d’Elisaveta Ouchakova, il dicte ce qu’on appelle aujourd’hui la « liste de Don Juan » : trente-sept prénoms répartis en deux colonnes, distinguant les amours « platoniques » des amours « complètes ». Document unique dans l’histoire de la littérature russe, partiellement codé, il atteste que Pouchkine concevait sa vie amoureuse comme une œuvre parallèle.

Huit portraits suivent — l’épouse, les muses littéraires, les passions méridionales, la nourrice tutélaire — auxquels s’ajoutent quelques figures secondaires et une réflexion sur la liste de 1829. Le ton se veut érudit, factuel, attentif aux sources. Il s’adresse au lecteur qui souhaite comprendre comment la biographie sentimentale d’Alexandre Pouchkine éclaire son œuvre poétique sans s’y substituer.

Natalia Gontcharova (1812-1863) : l’épouse, la mère, la veuve

Rencontrée à Moscou à la fin de l’année 1828, fiancée en avril 1830, mariée le 18 février 1831 au monastère de la Grande-Ascension, Natalia Nikolaïevna Gontcharova est, selon l’expression du poète lui-même, sa « cent treizième passion » — et la dernière. Pouchkine a trente et un ans, elle en a dix-huit. Beauté célébrée par toute la cour de Saint-Pétersbourg dès leur installation à la capitale, elle inspire au poète des lignes tendres dans sa correspondance privée : « Ma femme est un ange, et plus elle vit avec moi, plus elle me plaît. »

Quatre enfants naissent en cinq ans : Maria (1832), Alexandre (1833), Grigori (1835), Natalia (1836). Pouchkine, criblé de dettes et accablé par les obligations de la cour, écrit moins, voyage davantage, s’absente fréquemment de la capitale pour fuir la pression sociale. Natalia, jeune femme superficielle aux yeux de certains contemporains, est en réalité une lectrice attentive — sa correspondance, retrouvée au XXe siècle, le démontre — mais maladroite face aux intrigues mondaines.

L’arrivée à Saint-Pétersbourg du jeune chevalier-garde Georges d’Anthès en 1834, sa cour insistante à Natalia, les lettres anonymes envoyées à Pouchkine en novembre 1836 (le fameux « diplôme de cocu ») précipitent le drame. Le duel du 27 janvier 1837 sur les bords de la Petite Néva blesse mortellement le poète. Natalia, à vingt-quatre ans, se retire à Mikhaïlovskoïe. Elle se remariera en 1844 avec le général Pierre Lanskoi. Le portrait détaillé de cette figure est développé dans notre article dédié à Natalia Gontcharova, muse fatale.

Anna Petrovna Kern (1800-1879) : le moment merveilleux

Si une femme incarnait à elle seule le lyrisme amoureux de Pouchkine, c’est Anna Kern. Nièce de la voisine de Mikhaïlovskoïe, Praskovia Ossipova, elle rencontre une première fois le poète à Saint-Pétersbourg en 1819 — elle a dix-neuf ans, lui vingt — chez les Olénine. Mariée à un général de cinquante-deux ans qu’elle exècre, elle réapparaît en juin 1825 à Trigorskoïe, propriété des Ossipov voisine de Mikhaïlovskoïe. Pouchkine, alors en relégation, l’aperçoit traverser le jardin. Trois semaines plus tard, à son départ, il glisse dans un exemplaire du premier chapitre d’« Eugène Onéguine » l’autographe d’un poème de seize vers :

« Я помню чудное мгновенье — / Передо мной явилась ты, / Как мимолетное виденье, / Как гений чистой красоты. » (« Je me souviens du moment merveilleux : / Tu apparus devant moi, / Comme une vision fugitive, / Comme un génie de pure beauté. »)

Le poème devient l’un des plus célèbres de la langue russe. Mis en musique par Mikhaïl Glinka en 1840 — adressé non à Anna mais à sa fille Catherine, dont le compositeur était épris —, il fonde l’élégie amoureuse russe moderne. Anna Kern publiera ses « Souvenirs sur Pouchkine » en 1859 dans la revue Bibliothèque pour la lecture, donnant à la postérité l’un des témoignages les plus directs sur le poète à Mikhaïlovskoïe. Elle meurt à Moscou en 1879, presque oubliée, dans une pauvreté digne.

Anna Alexeïevna Olénina (1808-1888) : la fiancée d’un printemps

Fille d’Alekseï Olénine — président de l’Académie des Beaux-Arts, directeur de la Bibliothèque impériale, mécène et hôte d’un des salons les plus brillants de Saint-Pétersbourg —, Anna Olénina connaît Pouchkine depuis l’enfance. Elle a treize ans lorsqu’il revient d’exil en 1827. L’année 1828 est celle de leur rapprochement : Pouchkine fréquente assidûment la datcha familiale de Priutino, multiplie les vers d’album, lui dédie « Le tu et le vous » et « Ses yeux ».

Au printemps 1828, le poète demande sa main. Le refus parental tombe rapidement : la surveillance policière dont Pouchkine fait l’objet, ses dettes, sa réputation de libertin et de duelliste rendent l’union impossible aux yeux d’Alekseï Olénine. Anna confie l’épisode à son journal intime, document remarquable retrouvé en 1936 et publié par sa petite-fille. On y lit l’oscillation d’une jeune fille de vingt ans entre vanité flattée, attirance réelle et conscience aiguë du danger social.

L’année suivante, en 1829, Pouchkine compose « Я вас любил » — « Je vous aimais » — chef-d’œuvre de la lyrique amoureuse russe en huit vers, modèle d’élégance résignée. La tradition philologique l’attribue à Anna Olénina, sans certitude absolue : la dédicace n’a jamais été inscrite sur l’autographe. Notre analyse complète du poème « Je vous aimais » examine les arguments en faveur de cette identification.

Illustration 1 — femmes de Pouchkine

Elisaveta Ksaverievna Vorontsova (1792-1880) : la passion d’Odessa

Polonaise par sa mère (la comtesse Branicka), épouse depuis 1819 du comte Mikhaïl Vorontsov, gouverneur général de la Nouvelle-Russie, Elisaveta Vorontsova est, à trente et un ans, l’une des femmes les plus cultivées du Sud russe lorsque Pouchkine arrive à Odessa en juillet 1823. Le poète, alors âgé de vingt-quatre ans, est officiellement attaché à la chancellerie du gouverneur. Il rejoint le cercle restreint de la maison Vorontsov, fréquente le théâtre italien, et tombe amoureux.

La liaison, attestée par les biographes les plus prudents, dure de l’automne 1823 au printemps 1824. Vorontsov, qui méprise le poète et le considère comme un employé subalterne, exige du tsar son éloignement. Pouchkine est envoyé en relégation à Mikhaïlovskoïe en juillet 1824 — exil paradoxalement fécond, puisqu’il y achèvera « Boris Godounov ». Avant son départ, il aurait reçu d’Elisaveta une bague-talisman : c’est la matière du poème « Le talisman » (1827) et de « Brûlée la lettre » (1825), chef-d’œuvre élégiaque où le poète regarde se consumer une lettre dont il a juré la destruction. Le contexte de cette passion est éclairé par notre article sur le Sud exotique et l’exil de Pouchkine.

Maria Nikolaïevna Volkonskaïa, née Raïevskaïa (1805-1863) : l’amour caucasien et l’héroïne décembriste

Fille du général Nicolas Raïevski, héros de 1812, Maria Raïevskaïa rencontre Pouchkine au printemps 1820 sur les rives du Caucase puis de la Crimée. Elle a quinze ans, lui vingt et un. La famille Raïevski l’a recueilli pendant son premier exil — celui qui suivit la diffusion des odes libertaires comme « À Tchaadaïev » — et l’emmène en voyage thérapeutique vers les eaux du Sud. La jeune fille marche le long du rivage, les vagues mouillent ses pieds : Pouchkine en garde l’image, qu’il transposera dans « Eugène Onéguine » (chapitre I, strophe XXXIII, 1823).

En 1825, Maria épouse le prince Sergueï Volkonski, héros de 1812 et conspirateur décembriste. Lorsque la conspiration échoue le 14 décembre, Volkonski est condamné aux travaux forcés. Maria, vingt et un ans, mère d’un enfant en bas âge, choisit de suivre son mari en Sibérie. Elle part en décembre 1826. Pouchkine la revoit la veille de son départ chez la princesse Zinaïda Volkonskaïa et lui remet le manuscrit du poème « Au fond des mines de Sibérie » qu’elle transmettra aux exilés. La figure de Maria Volkonskaïa traverse plusieurs strophes du chapitre VIII d’« Eugène Onéguine » et hante le récit du voyage en Crimée.

Karolina Sobańska (1794-1885) : l’aristocrate polonaise et l’agent du tsar

Fille du comte Hieronim Rzewuski, sœur de l’écrivain Henryk Rzewuski et d’Eveline Hańska (future épouse de Balzac), Karolina Sobańska est l’une des figures les plus troubles du panthéon amoureux pouchkinien. Mariée en 1816 à un riche marchand polonais d’Odessa, séparée dès 1825, maîtresse du général comte Witt — chef de la police politique du Sud russe —, elle joue auprès du pouvoir tsariste un rôle d’informatrice, fréquentant les milieux libéraux pour en rapporter les conversations.

Pouchkine la rencontre à Kiev en 1821, la retrouve à Odessa, puis à Saint-Pétersbourg en 1828-1830. Quatre lettres en français de Pouchkine à Sobańska ont été conservées, dont la missive du 2 février 1830 où le poète, à la veille de ses fiançailles avec Natalia, écrit encore : « Vous savez que j’ai éprouvé près de vous toutes les agitations de l’amour. » L’historienne Anna Akhmatova a démontré dans les années 1960 que plusieurs poèmes attribués à d’autres muses lui sont en réalité destinés. Sobańska finit ses jours à Paris en 1885, à plus de quatre-vingt-dix ans.

Amalia Riznicz (1803-1825) : l’élégie sous le ciel bleu

Italo-Polonaise née à Trieste, fille d’un banquier viennois, mariée à un négociant ragusain installé à Odessa, Amalia Riznicz appartient à ce milieu cosmopolite que Pouchkine fréquente en 1823-1824. Sa beauté — « tête grecque, taille élancée, démarche de reine » selon le mémorialiste Filipp Vigel — fait sensation dans le port méridional. Pouchkine l’aime sans illusion : elle est entourée d’admirateurs, son mari fait mine de ne pas voir, le poète est un soupirant parmi d’autres.

Tuberculose. Amalia quitte Odessa pour l’Italie au printemps 1824, espérant se soigner. Elle meurt à Trieste en mai 1825, à vingt-deux ans. La nouvelle parvient à Pouchkine plusieurs mois plus tard, à Mikhaïlovskoïe. Il compose alors l’une de ses élégies les plus déchirantes : « Под небом голубым страны своей родной / Она томилась, увядала » — « Sous le ciel bleu de son pays natal / Elle s’étiolait, se fanait ». L’élégie, datée du 29 juillet 1826, marque par sa retenue : nul nom, nulle apostrophe, nulle effusion. Seul demeure le constat d’une mort lointaine et d’une indifférence soudaine du poète qui s’étonne lui-même de ne plus rien éprouver — « И я сказал: где наша тень? » (« Et je dis : où est notre ombre ? »).

Illustration 2 — femmes de Pouchkine

Arina Rodionovna (1758-1828) : la nourrice et la conteuse

Aucun panorama ne peut faire l’économie d’Arina Rodionovna Yakovleva, serve affranchie de la famille Hannibal, nourrice du poète depuis sa naissance en 1799. Lorsqu’en 1824 Pouchkine est exilé à Mikhaïlovskoïe, c’est Arina qui l’y accueille et y vit avec lui pendant deux ans. Elle a alors soixante-six ans, lui vingt-cinq. Brouillé avec son père, surveillé par le clergé local, le poète passe ses soirées à écouter sa nourrice lui réciter les contes populaires russes, les bylines, les chansons d’Olonets.

De ces veillées sortiront des œuvres décisives : « Le Conte du tsar Saltan » (1831), « Le Conte du pêcheur et du petit poisson » (1833), « Le Conte du coq d’or » (1834), tous nourris des récits d’Arina. Le poète note ses transcriptions dans un cahier conservé à l’Institut de littérature russe (Pouchkinski Dom). Plusieurs poèmes lui sont dédiés, dont le célèbre « Compagne de mes jours austères » (« Подруга дней моих суровых », 1826) :

« Ma vieille décrépite, ma colombe, / Au fond des forêts de pins, / Tu m’attends depuis si longtemps. / Sous la fenêtre de ta petite chambre, / Tu veilles comme une sentinelle, / Et tes aiguilles vont, vont, ralenties, / Dans tes mains plissées. »

Arina meurt à Saint-Pétersbourg le 31 juillet 1828, à soixante-dix ans. Pouchkine n’assiste pas à ses funérailles : il est alors à Moscou, en plein tourbillon mondain. Il écrira plusieurs années plus tard ce remords. La figure d’Arina, plus que toute autre, ancre Pouchkine dans la culture populaire russe — préalable nécessaire à l’invention d’une langue littéraire nationale.

Figures secondaires : Bakounine, Karamzina, les Ouchakov

Le panthéon ne s’arrête pas là. Catherine Bakounine, sœur du futur révolutionnaire Mikhaïl, a été l’amour adolescent du Pouchkine de Tsarskoïe Selo (1815-1817). Catherine Andreïevna Karamzina, seconde épouse de l’historien Nikolaï Karamzine, plus âgée que le poète de seize ans, fut l’objet d’une admiration intellectuelle teintée d’amour respectueux ; les biographes pensent que c’est à elle qu’il a confié, sur son lit de mort, ses derniers mots à voix basse.

Citons encore Sofia Pouchkina (sa cousine, à qui il pensa demander la main en 1826), Anna et Elisaveta Ouchakova (sœurs moscovites qui tinrent l’album où fut dressée la « liste de Don Juan »), la comtesse Anna Zakrevskaïa (« la lionne du Nord », muse de plusieurs poèmes de 1828) et la jeune Aleksandra Smirnova-Rosset (confidente plutôt qu’amante, mais témoin précieux des années de cour).

Don juanisme et confession : la « liste de Don Juan » de 1829

Le document fondateur du registre amoureux pouchkinien tient en un feuillet d’album. Au printemps 1829, dans la maison moscovite des Ouchakov, le poète couche par écrit la liste de ses passions, divisée en deux colonnes : « N. N. » à gauche pour les amours nominales, « E. K. » à droite — selon l’interprétation la plus probable — pour les liaisons consommées. Trente-sept prénoms au total, certains explicites (Maria, Catherine, Anna), d’autres réduits à des initiales énigmatiques.

Plusieurs philologues — Tomachevski, Tcherniavski, plus récemment Vatsouro — se sont attelés au déchiffrement. Les résultats restent partiellement spéculatifs. Ce qu’il faut retenir : Pouchkine concevait son histoire amoureuse comme une œuvre commentable, soumise à une comptabilité ironique. Il s’inscrivait dans la grande tradition libertine du XVIIIe siècle tout en l’ironisant — sa « Don-Juansky spisok » est aussi une parodie distancée du mythe, qu’il mettra en scène littéralement dans « Le Convive de pierre » (1830).

Cette comptabilité ne doit pas masquer l’intériorité douloureuse qu’on lit dans la poésie elle-même. La grande lyrique amoureuse de Pouchkine — « Je vous aimais », « Brûlée la lettre », « Sous le ciel bleu », « Je me souviens du moment merveilleux » — n’a rien du libertin satisfait. Elle exprime au contraire la mélancolie d’un homme qui sait que chaque attachement est éphémère, que la mémoire seule reste, que le poème sauvera ce que la rencontre ne pouvait conserver.

Apologie ou réquisitoire ? Comment lire ces amours aujourd’hui

Trois écueils guettent le lecteur contemporain. Le premier est l’hagiographie — faire de Pouchkine un Roméo russe, transformer chaque liaison en histoire éternelle, ignorer les déséquilibres de classe et d’âge des années 1820. Le second est le réquisitoire moralisant — réduire le poète à un séducteur cynique, juger ses comportements aux normes contemporaines. Le troisième est le voyeurisme — collectionner les noms comme des trophées.

L’approche érudite contourne ces pièges en restituant le contexte. Pouchkine vit dans une société où les femmes nobles n’ont guère d’autonomie sociale, où le mariage se négocie comme une transaction patrimoniale, où l’adultère galant est toléré chez les hommes et féroce chez les femmes. Ses passions s’inscrivent dans cette structure. Mais elles produisent une littérature qui, elle, transcende son cadre : « Je vous aimais », après deux siècles, parle à des lectrices qui n’ont plus rien des salons de Saint-Pétersbourg.

L’historiographie récente, des travaux pionniers d’Anna Akhmatova aux essais de Serena Vitale (« Le Bouton de Pouchkine », 1995), insiste sur la nécessité de relire ces vies sentimentales sans censure ni complaisance. Lire les femmes de Pouchkine, c’est aussi rendre justice à des silhouettes longtemps réduites à des prénoms ou des initiales — dans un panorama plus large des écrivains russes du XIXe siècle qui ont façonné la langue littéraire russe, en lien étroit avec Pouchkine et les décembristes dont l’épisode marque toute la sociabilité féminine des années 1820. Le contexte du russe littéraire de Pouchkine montre par ailleurs comment chaque poème amoureux a contribué à fixer une norme stylistique. C’est, enfin, lire l’œuvre poétique de Pouchkine pour ce qu’elle est : non le journal d’un libertin, mais l’élégie d’un homme qui a beaucoup aimé et qui savait, mieux qu’un autre, transformer la perte en chant.

Conclusion

Huit femmes principales, une dizaine de figures secondaires, trente-sept prénoms dans une liste cryptée, et derrière chacune un, deux ou dix poèmes : telle est la cartographie sentimentale d’Alexandre Pouchkine. Loin du voyeurisme, ce panorama ouvre les portes de la lyrique russe du premier romantisme — celle qui a fixé en quelques années une langue, des images, des formes prosodiques que toute la poésie russe ultérieure prolongera ou contestera. Natalia, Anna, Elisaveta, Maria, Karolina, Amalia, Arina : le poète national n’aurait pas écrit une ligne sans ces présences, ces absences, ces souvenirs. Lire leurs noms, c’est apprendre à lire ses vers.